Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 96.djvu/273

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impie (il désignait le comte Candidien) prévaille dans votre conscience contre celle de six mille évêques répandus sur toute la surface de la terre et qui suivent la doctrine des pères rassemblés dans Éphèse ? » Et, abordant la demande que faisait le concile de s’expliquer devant l’empereur lui-même par des délégués, il insista sur une autorisation, toute simple, prétendait-il, et de toute justice. « Je ne m’oppose pas à ce qu’ils viennent, dit l’empereur. — Mais, reprit Dalmatius, vos officiers s’y opposent, et les délégués ne partiront pas. — Ceci me regarde, répliqua Théodose un peu piqué, et je donnerai à ce sujet des ordres qui seront obéis. » On peut supposer que là-dessus un sourire d’incrédulité effleura les lèvres des archimandrites, car Dalmatius ajouta qu’il suppliait l’empereur d’écrire l’ordre de sa main. Dalmatius avait-il préparé, en vue de cette scène, une cédule d’autorisation qu’il présenta à la signature du prince, ou le prince récrivit-il lui-même tout entière ? Nous ne le savons pas ; mais en tout cas le billet signé resta en la possession des archimandrites. Content ou mécontent au fond de son âme, Théodose fit ce qu’on voulait de lui, et n’ajouta que ces mots en congédiant ses visiteurs ; « Mes pères, priez pour moi ! »

Quand les archimandrites reparurent devant leurs moines, vœux crièrent tout d’une voix : « Avez-vous un ordre de l’empereur ? Montrez-nous l’ordre de l’empereur ! » Et le peuple applaudissait. Un des abbés, levant la main qui tenait l’autorisation, leur dit ; « Allons à la basilique de Saint-Mocius, et vous saurez ce qui s’est passé. » La procession reprit alors son chemin en sens inverse, entonnant le psaume 150 : « Louez le Seigneur dans son sanctuaire ; louez-le sur le trône inébranlable de sa puissance !… Louez-le au son de la trompette ; louez-le avec le psaltérion et la harpe !… » Par intervalles, des cris d’anathème à Nestorius interrompaient les versets du psaume. La basilique de Saint-Mocius était située à l’extrémité de la ville dans le périmètre des monastères, de sorte que la foule amassée successivement était innombrable lorsque les moines arrivèrent près des portes. A l’église, Dalmatius monta sur une chaire élevée, d’où interpellant le peuple qui grondait : « Restez tranquilles, s’écria-t-il, et ne m’interrompez point, si vous voulez tout savoir ! » Il se mit à raconter le colloque entre l’empereur et les archimandrites, « adoucissant certaines expressions par ménagement respectueux pour le prince, » ajoute le récit original. Son exposé fut suivi de la lecture de quelques-uns des documens venus d’Ephèse, après quoi l’Archimandrite prononça ces mots, qui furent couverts d’acclamations : « Mes frères, priez pour l’empereur et priez pour mous ! » Un cri formidable sortit de toutes les boucbes ; « anathème à Nestorius ! » et les moines regagnèrent leurs couvens.

L’empereur avait signé, et sa signature ne pouvait être retirée ;