Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/283

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plus faire un pas sans se heurter, sans avoir à disputer le chemin, et le général Chanzy, dans son ordre de marche du 16e corps, résumait d’avance la journée du 9 : « débusquer l’ennemi de Charsonville, Épieds, Coulmiers, Saint-Sigismond, et prononcer sur la gauche un mouvement tournant de façon à occuper solidement à la fin du jour la route de Châteaudun à Orléans… » C’était le programme de la bataille de Coulmiers.

Au petit jour, tout le monde est sur pied. Les régimens se forment sans trouble, sans confusion, et gagnent en silence les positions qui leur sont assignées. Le temps est froid et sombre sans être défavorable. Les brouillards du matin, en se dissipant, laissent voir tout à coup un spectacle qui réchauffe le cœur des vieux soldats : c’est l’armée française, une véritable armée, rangée en bataille sur deux lignes, calme, confiante, et attendant le combat dans l’ordre le plus parfait. Elle se déroule dans ces campagnes nues, dépouillées et à peine accidentées. Au loin, vers la Loire, on distingue des massifs d’arbres qui entourent des châteaux et des fermes. En avant, on n’aperçoit qu’un point saillant à l’horizon, c’est une hauteur sur laquelle est bâti le bourg de Baccon qui domine la plaine, et dont le clocher sert d’observatoire aux Bavarois depuis l’invasion. On ne voit pas l’ennemi, mais on sent qu’il est là, dans ces positions, ces villages, ces parcs qu’il a crénelés, fortifiés, et qui vont coûter un sang précieux.

Le canon commence à retentir vers neuf heures et demie : c’est le 15e corps, chargé de l’attaque de droite, qui entre en action, d’abord par un combat d’artillerie, puis avec son infanterie, et, la première position enlevée, c’est Baccon que les soldats de la division Peytavin emportent d’assaut après une lutte corps à corps. Une fois maîtres de Baccon, nos soldats poussent plus loin, arrivent au château et au parc de la Renardière, où ils rencontrent encore une violente résistance dont ils finissent par avoir raison. Au centre, dès le commencement de la bataille, une des divisions du 16e corps s’est mise en marche sur Coulmiers. Retardée d’abord, elle n’est sérieusement engagée que vers midi, et pendant plusieurs heures on se dispute avec acharnement les jardins, puis l’entrée de Coulmiers. La lutte semble incertaine lorsque le commandant de la division d’attaque, le général Barry, mettant pied à terre, l’épée à la main, prend la tête de la principale colonne, enlève ses hommes au cri de : vive la France ! et les entraîne dans le village en flammes. A quatre heures, on reste définitivement maître de Coulmiers. Pendant ce temps, la seconde division du 16e corps, conduite par un nouveau venu à l’armée de la Loire, l’amiral Jauréguiberry, aborde sur la gauche le village de Champs fortement crénelé, s’en empare un instant, est