Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 99.djvu/133

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impétueuse qui éclate presque au même instant en chants de triomphe et en cantiques de détresse, dont les mouvemens presque lyriques dans leur vélocité font succéder les de profundis aux te deum en moins de temps que la foudre ne succède à l’éclair, aucun de ces caractères attachans qui ont conquis à la Pologne cette sympathie persistante qu’obtient rarement le malheur dont les hommes sont si vite lassés ne manque à l’histoire du prince Wladislas le Blanc.

En 1333, à la mort du Ladislas surnommé le Bref comme notre Pépin, la race, royale des Piasts se trouva réduite à deux héritiers mâles, son fils Casimir, qui lui succéda, et un petit-neveu, ce même prince qui nous occupe en ce moment. Casimir n’avait que des filles exclues de la couronne par la loi du pays ; Wladislas était donc le seul héritier légitime du trône, et pouvait raisonnablement espérer qu’il succéderait à son oncle. Il semble en effet qu’il n’avait qu’à soigner patiemment la bienveillance de cet oncle qui avait à lui laisser un si bel héritage, et qui lui avait montré son affection en ajoutant de son propre mouvement plusieurs duchés nouveaux à ses domaines héréditaires. Un oncle à héritage est toujours fort soupçonneux, à plus forte raison lorsqu’il est roi et placé dans les conditions où se trouvait Casimir, n’ayant pour héritier mâle qu’un petit neveu, qu’il pouvait sans trop de défiance supposer pressé d’ouvrir l’heure de sa succession. Précisément parce que le hasard de la fortune l’avait rendu contre toute attente le légitime héritier du trône, Wladislas avait toute raison de se tenir tranquille ; c’est tout le contraire qu’il fit cependant. Soit que Casimir, pénétrant les défauts de jugement de son neveu, l’eût cru incapable de régner et eût laissé percer de bonne heure la pensée d’appeler au trône le mari d’une de ses filles, soit que Wladislas ait obéi docilement aux impulsions d’une âme inquiète et turbulente à l’excès, la mésintelligence sépara bientôt les deux parens. Dès les premières années du règne de Casimir, Wladislas se fit le chef de l’opposition comme nous dirions aujourd’hui ; il appuya tous les mécontens, et le roi en avait fait beaucoup, car il s’était efforcé de brider l’ambition des seigneurs polonais. Wladislas ayant commis dans son duché de Cujavie certains excès de pouvoir qui bravaient ouvertement l’autorité de Casimir, celui-ci le fit sommer de comparaître devant le trône. Le prince ne comparut pas, mais, obéissant à un accès de fierté impertinente qui peint bien son caractère, il écrivit à son oncle qu’il ne voulait rien lui devoir, et qu’ayant reçu en don de lui un nouveau duché, il lui renvoyait en échange un de ses anciens domaines. Le pratique Casimir prit au mot son imprudent neveu. A peine Wladislas eut-il donné son duché qu’il se repentit de sa générosité mal