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LE MUSEE DES COPIES

On a beaucoup parlé à l’avance, et de part et d’autre avec un empressement également inconsidéré, de la collection que le public est appelé à examiner aujourd’hui. Depuis que l’administration des Beaux-Arts a eu la pensée d’instituer un musée de copies, les critiques n’ont pas plus manqué que les éloges, et le projet recevait à peine un commencement d’exécution que déjà les jugemens les plus contradictoires étaient portés à la tribune de l’assemblée nationale et dans la presse, dans le monde des ateliers comme dans celui des salons.

Pourquoi, disaient les uns, ce parti-pris de consacrer les ressources de l’état à la reproduction des œuvres du passé, au lieu de les faire servir au développement des talens contemporains ? Notre art national est-il donc devenu tout à coup si stérile qu’il faille renoncer à en exploiter le champ pour se rejeter, en désespoir d’invention, dans le domaine de l’imitation archéologique, de la contrefaçon ? D’ailleurs, si exacts qu’on les suppose, ces fac-similé d’anciens tableaux ne mériteront jamais une entière confiance. Dans ce travail de seconde main, l’âme secrète, l’inspiration intime qui vivifiait l’œuvre originale se sera comme engourdie en raison même des efforts accomplis par le traducteur, et les patientes insistances de l’outil n’auront réussi qu’à rendre plus ou moins correctement des apparences, alors que l’essentiel eût été de nous révéler le fond des choses. De là pour le public aussi bien que pour les artistes, des élémens d’étude forcément insuffisans, et le danger ou de se fier mal à propos à ces représentations incomplètes, ou, par une autre erreur, d’imputer aux maîtres eux-mêmes les torts qu’auront pu se donner les copistes.

Quoi de plus instructif pourtant, répondait-on, qu’un résumé par les chefs-d’œuvre de l’histoire tout entière de la peinture ? On n’aura devant les yeux que les images de ces chefs-d’œuvre, soit ; mais lors même que chaque copie serait à certains égards imparfaite, elle n’en gardera pas moins, au point de vue de la composition, des caractères généraux, du style, une signification assez nette pour permettre au spectateur