Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/216

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d’estimer à leur prix les inspirations ou les doctrines propres aux grands artistes et aux grandes écoles. — Et quelques défenseurs du projet allaient jusqu’à célébrer comme un événement considérable entre tous, comme le plus glorieux même pour les arts dans notre temps, la création de ce « musée européen, » qu’il nous eût paru, soit dit en passant, plus convenable et plus juste d’intituler simplement musée des copies, puisque c’est à ce titre qu’il se distingue des autres galeries publiques, et que toute collection de peintures dont les écoles étrangères ont fourni les élémens peut, à aussi bon droit que celle-ci, être qualifiée d’européenne.

Il y avait en réalité exagération des deux côtés. Maintenant que le nouveau musée est ouvert, maintenant que chacun a l’occasion d’apprécier par ses yeux la valeur de ce qu’il contient, on aurait pour le moins aussi mauvaise grâce à ratifier. les attaques dont il a prématurément été l’objet qu’à s’associer aux louanges un peu plus enthousiastes que de raison qui, dans la bouche des prôneurs ou des officieux, avaient d’abord tenu lieu d’argumens. Il est clair que, grâce aux trésors dont nous avons la possession depuis longtemps, grâce à nos admirables collections du Louvre, nous n’en étions pas à attendre que l’art ancien nous fût révélé, et qu’on ne pouvait ici viser à rien de plus qu’à rapprocher de nous une partie de ce qui est au loin, qu’à suppléer, dans une certaine mesure à ce qui nous manque. Il est clair aussi que la formation d’un musée, de copies ne saurait suffire pour régénérer du jour au lendemain, notre école, et, que l’innovation décrétée par l’administration des Beaux-Arts n’équivaut nullement, quoi qu’on en ait dit, à quelqu’une de ces grandes fondations, dont les deux derniers siècles nous ont légué les bienfaits ; mais, si ces copies sont bonnes ; si les modèles qu’elles reproduisent ont été choisis par qui de droit avec une inexorable sévérité, en un mot, si l’on a entendu ne recueillir et ne nous présenter que de nobles exemples, il est certain également qu’on aura fait une œuvre utile. Aujourd’hui moins que jamais, par le temps qui court de menues habiletés et de doctrines équivoques, il ne semblera point superflu de rappeler formellement en quoi consistent le beau et ses conditions, l’art et sa dignité. Reste à savoir si le but qu’on devait se proposer, a été atteint, et jusque quel point on ai réussi par ces conquêtes, nouvelles, par ces emprunts aux collections du dehors, à créer un fonds d’enseignement assez riche pour défrayer ou pour prémunir le goût public.

Ce qu’il fallait d’abord dans une entreprise de cette, sorte, c’était un plan bien, arrêté, un programme fixe, prétendre mettre devant nos yeux les images de tous les tableaux célèbres, de toutes les œuvres anciennes dont les musées étrangers s’enorgueillissent à tort ou à raison, eût été un projet aussi démesuré qu’inutile, à la réalisation duquel notre curiosité eût peut-être trouvé son compte, mais qui par la multiplicité même des rapprochemens ou plutôt des contrastes eût au moins compromis