Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/27

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


bonheur, la fameuse loi contre les délits de la chaire n’était pas encore rendue, sinon on ne sait ce qui fût arrivé. L’un des orateurs les plus influens du parti gouvernemental, M. de Gneist, recommandait la loi au nom des principes chrétiens qui nous ordonnent la soumission à l’autorité établie ; il oubliait que Jésus-Christ a parlé de rendre à Dieu ce qui lui est dû avant de parler de César. Les gouvernemens ont toujours la propension de lire l’Évangile à la façon de Napoléon Ier, qui n’y a jamais trouvé que ces deux commandemens : « obéissez à l’empereur et accomplissez le service militaire ; c’est la loi et les prophètes. » Ces exégètes à grosses épaulettes sont les plus dangereux ennemis du livre sacré, dont on ne réussira jamais à faire le code de la servitude et de la lâcheté.

La loi sur l’inspection des écoles a suivi de très près celle sur les délits de la chaire ; elle a été également votée avec une rapidité foudroyante à la fin d’une session. Un orateur du congrès de Cologne exprimait la pensée que le chancelier devrait bien imiter dans les affaires religieuses la tactique de M. de Moltke. Il nous semble qu’il doit être satisfait, et que jamais la théorie des mouvemens tournans n’a été mieux appliquée. On s’est fait en France les plus fausses idées sur la loi d’inspection des écoles ; on s’est imaginé qu’elle était un retour aux vrais principes, qui veulent que l’école publique dépende des autorités laïques, afin d’être ouverte à toutes les communions ; c’est une erreur complète. L’école primaire garde en Prusse son caractère confessionnel, bien qu’un certain progrès ait été réalisé au bénéfice des minorités, qui peuvent stipuler quel genre d’enseignement religieux elles réclament. L’innovation consiste en ceci : dans la commune, l’inspection, qui était de droit confiée aux ministres du culte comme présidens des pères de famille, devient une délégation directe et toujours révocable du pouvoir politique, même dans les écoles dont la fondation est due non au gouvernement, mais à l’initiative de patrons généreux.

Cette législation tend à l’excès les ressorts de la centralisation dans ce domaine de l’instruction qui avait toujours joui en Allemagne d’immunités exceptionnelles. L’indépendance, l’initiative communale, sont absolument sacrifiées ; les écoles libres comme les écoles publiques sont subordonnées au pouvoir central, qui prétend leur donner à toutes la même impulsion, disons mieux, la même consigne, et marquer de son effigie toutes les jeunes intelligences. Les commentaires donnés à la loi dans les débats qu’elle a provoqués dans les deux chambres sont peut-être plus graves que la loi elle-même ; ils reviennent à déclarer qu’il s’agit de se garder contre la religion de l’ennemi héréditaire, d’empêcher les provinces d’annexion plus ou moins récente d’élever leur nationalité particulière, grâce à leur religion et à leur langue, au-dessus de la grande unité