Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/320

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guerre de Flandre, en 1337 de régler l’ordre de succession au trône en exhumant un vieux texte de la loi des Francs-Saliens, en 1321 « d’aviser aux moyens d’établir l’uniformité des monnaies, des poids et des mesures, et de faire rentrer dans le domaine du roi moult choses qui en avaient été aliénées et distraites, » — on fait appel aux états-généraux. Nous ne parlons même pas de plusieurs autres assemblées moins connues, faute de documens contemporains suffisamment précis, — celle de 1338 par exemple, où l’on a lieu de croire que fut solennellement proclamé le libre vote de l’impôt par les délégués des trois ordres.

Ce n’était donc pas chose nouvelle en 1355 que ces assises des représentans de la nation. Si l’assemblée qui cette année-là sur l’appel de Jean le Bon, se réunit à Paris en la grand’chambre du parlement semble être la première à qui l’on fasse les honneurs complets de l’histoire, c’est que les premiers ceux qui la composaient, — nous parlons ici surtout des représentans du tiers-état, — paraissent avoir eu le sentiment de leur force, la conscience de leur pouvoir et la volonté d’en user hardiment, — trop hardiment peut-être, puisqu’il s’en faut de peu qu’ils ne se soient faits les complices de la guerre civile. Il n’entre pas dans notre cadre de raconter comment, réunis à la veille et au lendemain du désastre de Poitiers, indignés d’abord du désordre des finances et du gouvernement, exaspérés ensuite de l’humiliation du pays, de l’impéritie de ses chefs et de la lâcheté de ceux qui, faisant leur métier et leur orgueil de porter les armes, n’avaient su que les jeter pour s’enfuir plus vite, — en présence, avant Poitiers, d’un roi sans énergie et sans intelligence, après Poitiers, d’un jeune prince sans expérience et sans conseillers, — ils ne purent se défendre des ardeurs d’un zèle plus sincère qu’expérimenté. Les états de 1356, ou plutôt cet Etienne Marcel qui pour leur malheur sut être un temps leur chef, ont fourni matière à des travaux aussi nombreux que contradictoires. Le livre de M. Picot jette sur les hommes et les choses de ce singulier temps la lumière la plus vive. Rien de plus intéressant que le rôle des états durant ces trois années qui livrent à la fois la France à la guerre étrangère, à la guerre civile, à la guerre sociale. Rien de plus curieux que de suivre les députés du pays sur la pente insensible qui, de la réforme des abus, les fait glisser dans la révolution, — une révolution qu’ils n’ont ni voulue, ni prévue, ni préparée, dont finalement ils ne savent que faire, et devant laquelle ils reculent effrayés. En les voyant, tout pleins des grandes réformes qu’ils ont rêvées, se réunir dix fois en trois années, et, satisfaits d’abord d’exercer leur contrôle sur l’administration du royaume, s’irriter ensuite à bon droit des promesses oubliées, des espérances déçues,