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réforme, disons-nous, et qu’il faudrait louer sans réserve, si elle n’eût par malheur entraîné du même coup la permanence forcée des tailles, et porté une profonde atteinte au principe du libre vote de l’impôt par les représentans de la nation.

De 1439 à 1467, nouvelle interruption dans la série des états-généraux. Jouissant de sa victoire, abondamment pourvu par les impôts qu’il lève désormais de sa propre autorité, Charles VII laisse peu à peu s’affaiblir la tradition de l’appel aux trois ordres. Cette fois encore c’est le plus despotique des monarques qui renoue la chaîne des grandes assemblées nationales. En 1467, luttant depuis deux ans contre les grands vassaux, mis en pressant péril par leur coalition, Louis XI a recours aux états-généraux. Comme à Philippe le Bel, ce coup d’audace lui réussit. Inspirés par un sentiment profond de l’unité nationale plus encore que gagnés par la facile promesse de concessions et de réformes, les députés s’associent sans réserve aux vœux et aux desseins du roi. Non moins énergiquement que lui, ils déclarent inséparable de la couronne de France cette Normandie que réclamait l’ambition du frère de Louis XI, et ils n’ont pas regret de donner au monarque contre « monsieur Charles, » le duc de Bretagne et les autres, dans le présent et dans l’avenir, une sorte de blanc-seing. Louis XI cependant n’a garde de recommencer l’épreuve, et ce n’est qu’après lui que nous retrouvons des états-généraux. Au lendemain de sa mort, en revanche, se place une des plus importantes sessions qu’enregistre l’histoire [1] : session capitale par les conditions autant que par les circonstances où elle a lieu, par les résultats qu’elle est près d’atteindre plus encore que par ceux qu’elle atteint en réalité. Charles VIII était mineur ; en convoquant les trois ordres, la cour semblait reconnaître dans le passé et consacrer pour l’avenir la prétention des états à la garde des princes et du royaume en cas de minorité. Elle allait presque jusqu’à le dire explicitement par la bouche du chancelier, Guillaume de Rochefort, dans son premier discours d’apparat.

Mais l’intérêt capital, le caractère dominant de ces états de 1483, c’est la fusion des trois ordres, l’étroite union des députés, c’est enfin leur sentiment profond des nécessités administratives et des réformes pratiques. Que de grandes choses il en pourrait sortir, s’il s’y mêlait une dose égale de fermeté et d’esprit politique ! Il y avait alors dans le royaume entier une réaction violente contre le régime qui venait d’expirer. Les grands seigneurs, la noblesse, le clergé, la magistrature, tant de fois persécutés, abaissés, dépouillés par le tyran bourgeois, la bourgeoisie même, trompée d’abord par le

  1. États de Tours, 1483.