Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/367

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pas leur demander autre chose que de servir avec intelligence les intérêts de la cause républicaine. Or ils ne peuvent que la discréditer et l’affaiblir en la mettant en opposition avec le gouvernement de M. Thiers. Le patriotisme et la véritable intelligence politique, qui, quoi qu’on en dise, ne se sépare jamais de l’honnêteté, ne leur manquent pas moins qu’aux conservateurs monarchistes. Au fond, toutes les factions se ressemblent par cela même que ce sont des factions ; elles perdent toutes également la notion du sens commun et celle du sentiment national.

Est-ce que par hasard les radicaux s’imaginent que la France est à eux ? Croient-ils sérieusement qu’elle les accepterait pour maîtres ? Se figurent-ils que le moment est venu pour eux d’arborer leur étendard favori et de marcher sus à quiconque refuse de coiffer le bonnet rouge ? Ce jour-là Dieu merci, ne viendra jamais. La France ne prendrait les radicaux pour chefs que le jour où ils auraient cessé de faire de la politique radicale, et après qu’ils auraient donné des gages à la politique modérée et conservatrice. Qu’ont-ils donc fait jusqu’à présent qui justifie cet immense orgueil ? Qu’est-ce donc par lui-même que le parti radical ? C’est une minorité doctrinaire, intolérante et vaniteuse, qui se plaît à exercer un facile empire sur les passions des masses ignorantes, qu’elle flatte et qu’elle éblouit par des mots sonores. C’est une secte de brouillons orgueilleux qui se donnent des airs de prophètes, et qui, malgré leur petit nombre, comptent dans leur église presque autant de partis que de têtes. Non, il ne faut pas confondre les radicaux, ou, pour mieux parler, les démagogues, avec ce parti républicain, calme et sensé, qui est aujourd’hui l’espoir de la France. S’il fait moins de bruit que les radicaux, il grandit tous les jours, il rallie à la république deux classes importantes de la nation dont la république elle-même ne saurait se passer malgré les ridicules prétentions du radicalisme : la bourgeoisie d’abord, sans le concours de laquelle aucun gouvernement ne saurait subsister en France, puis le peuple laborieux des campagnes, qui se défie de la royauté, qui déteste l’ancien régime, mais qui aime avant tout son repos, et qui aura bientôt fait de renverser la république aux élections prochaines, si elle devient encore une fois le symbole du désordre. C’est ce grand parti républicain modéré qui fondera la république, à moins pourtant que les radicaux ne l’en empêchent.

Il est vrai que depuis deux ans les conservateurs ont tout fait pour grossir le parti radical ; grâce à eux, les campagnes elles-mêmes ont nommé parfois des candidats radicaux de préférence aux royalistes qui leur étaient seuls opposés. C’est là ce qui a pu tromper les chefs du parti radical sur leur importance et sur les véritables dispositions du pays à leur égard. Ils ont pris pour eux