Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/37

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Soyez bien sage, et votre conscience sera respectée ; votre liberté religieuse sera le prix de votre docilité. On pourrait lui répondre que cette liberté est bien inutile aux églises qui s’attellent au char de l’état ; celles-là sont assurées de sa faveur. Il nous avait semblé jusqu’ici que les garanties constitutionnelles étaient précisément destinées à préserver le droit dans les mauvais jours contre les tentatives de l’arbitraire. M. de Bismarck s’est livré aux plus singuliers développemens historiques ; non content d’évoquer la grande ombre de Conradin contre l’ennemi héréditaire, il a eu recours aux souvenirs classiques les plus démodés, il a rappelé le sacrifice d’Iphigénie pour montrer que le pouvoir sacerdotal a toujours fait la guerre au pouvoir royal. On ne s’attendait guère à voir Calchas et Agamemnon dans cette affaire. Le puissant ministre terminait son discours par une menace de démission. Le vote ne s’est pas fait attendre. Une fois le changement constitutionnel voté, les quatre lois sont implicitement adoptées. Il n’y a plus qu’à les appliquer ; on peut se fier à l’empire concret et évangélique pour être assuré que cette législation ne reposera pas à l’état d’arme savante dans l’arsenal de Berlin.


V

Les divers partis religieux n’ont pas attendu la fin des débats pour exprimer leur avis motivé. La Nouvelle Gazette évangélique, organe du conseil supérieur de l’église protestante, reconnaissait que ces lois étaient excellentes en tant qu’elles frappent l’église de Rome. On pouvait s’attendre à ce que les protestations viendraient du catholicisme allemand. En effet plusieurs évêques prussiens ont pris l’initiative de la résistance morale. L’évoque d’Ermeland a le premier élevé la voix. Déjà au mois de septembre de l’année dernière, il s’était vu d’abord refuser une audience de l’empereur, qui voyageait dans son diocèse, parce qu’il n’avait pas voulu faire une déclaration de soumission à l’autorité civile impliquant son adhésion aux mesures sévères déjà prises contre la société de Jésus ; on a même été jusqu’à lui retirer son traitement, appliquant sans doute à sa résistance ce que l’Évangile dit d’un malheureux possédé : « Ce démon ne se guérit que par le jeûne. » Ni le jeûne ni la prison n’y feront rien ; la conscience catholique ne sera pas si facilement exorcisée. Depuis que les dernières lois ont été présentées, d’autres évêques prussiens ont également protesté. L’évêque de Paderborn et M. Ledochowski, archevêque de Posen, ont tenu un langage très ferme. Ce dernier, recevant une adresse des doyens de son diocèse, leur a répondu : « Si un jour, ce dont Dieu me préserve,