Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/38

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j’étais tenté de chanceler, le souvenir de votre déclaration me rendrait le courage et la décision. » La Germania, l’organe principal du catholicisme allemand et l’un des journaux les plus répandus, déclare nettement que, puisque le gouvernement veut la guerre, il l’aura, — que des milliers de prêtres ont renouvelé leur serment de fidélité dans les mains de leurs évêques pour soutenir ce que le journal appelle un saint combat pour les droits de la conscience.

Ces réclamations individuelles n’ont pas suffi. Les évêques prussiens ont envoyé à l’empereur une adresse collective des plus énergiques, dans laquelle ils déclarent que, si les lois nouvelles étaient acceptées, elles seraient un empiétement des plus graves sur la liberté de l’église catholique, et qu’elles léseraient les prescriptions qui appartiennent à l’essence même de leur église ; ils n’y pourraient voir qu’une tentative d’extermination de leur culte. La lutte est donc sérieusement engagée, et elle est de nature à être poussée à outrance. Le gouvernement sera forcé de sévir avec vigueur, s’il ne consent pas à réduire la législation nouvelle à une lettre morte ; elle ne peut être efficace qu’en étant implacable, et il sèmera ainsi la plus vive irritation dans les cœurs. Comme toujours, l’église persécutée grandira en véritable influence, et deviendra le ferment de trouble et de désunion qu’il redoutait. C’est la fatalité d’un pareil système qu’on est condamné à en tirer les dernières conséquences, lors même qu’on voudrait s’arrêter en route. Il n’y a pas de milieu entre une impuissance ridicule qui irrite sans frapper, ou une violence détestable qui exaspère en frappant. Ce n’est pas encore le résultat le plus fâcheux d’une politique semblable ; non-seulement elle enfante la haine chez les persécutés, mais elle démoralise à fond l’état qui méconnaît le droit le plus sacré.

Une voix courageuse vient de se faire entendre de l’autre côté du Rhin, du sein même du protestantisme germanique ; c’est celle de M. Constantin Franz dans son livre sur le Libéralisme national, auquel nous avons déjà fait plusieurs emprunts. Il vaut la peine de recueillir ses avertissemens courageux et éloquens. Nous laissons à M. Franz l’entière responsabilité de ses jugemens ; ce n’est qu’à son propre pays qu’on a le droit de tenir un tel langage. S’attaquant d’abord à la nouvelle législation des cultes, il en fait ressortir le caractère dangereux et arbitraire. « Les lois d’exception, dit-il, sont la banqueroute de la justice dans un pays ; elles sont un aveu flagrant d’impuissance. Singulier spectacle que celui d’un empire armé en guerre qui, malgré ses soldats et ses milliards, ne peut résister à une poignée de prêtres avec sa législation ordinaire ! Est-ce que cette grande puissance serait frappée de faiblesse dès qu’il ne s’agit plus de batailles qui se gagnent avec les fusils à