Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/373

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l’ont précédé ? Les radicaux et les monarchistes coalisés vont-ils donc lui passer sur le corps, quitte à s’en disputer les dépouilles ? Ils échoueront cette fois encore, il faut du moins l’espérer ; mais c’est là qu’on ne s’y trompe point, le sort qui nous menace, si les hommes de bon sens ne savent point s’entendre et faire cause commune contre les exagérés de tous les partis. C’est le moment ou jamais de répéter le mot célèbre de M. Thiers : ni dans le gouvernement, ni dans le parti conservateur, ni dans le parti républicain, « il n’y a plus une seule faute à commettre ! »

Quant à nous, soit dit sans offenser les républicains ni les conservateurs, c’est encore le gouvernement qui nous inspire le moins d’inquiétudes. Quoi qu’on en dise, rien dans son attitude n’indique la moindre défaillance. Il sait très bien que son premier devoir dans les circonstances difficiles que nous traversons est de ne s’étonner et de ne se décourager de rien. Il a déjà montré plus d’une fois qu’il était sage et qu’il savait l’être, non-seulement pour lui-même, mais encore et surtout pour les partis qui manquent de sagesse. Toute sa politique aujourd’hui doit se résumer en un mot : la persévérance. Il ne s’agit pas de montrer un dépit puéril et de s’amuser à rendre œil pour œil et dent pour dent, soit aux monarchistes, soit aux radicaux. Il faut les laisser se châtier eux-mêmes par les conséquences de leurs propres fautes, et faire appel, en dehors d’eux tous, à la bonne volonté et à la droite raison du pays. A présent surtout que M. Thiers n’a plus le droit de paraître à l’assemblée que dans certaines occasions solennelles, il faut que ses ministres se pénètrent des grands et difficiles devoirs qu’ils ont à remplir ; il faut qu’ils comprennent que dans les circonstances présentes ils ne sont pas seulement les délégués d’une majorité parlementaire à laquelle ils doivent rapporter toutes leurs pensées, mais qu’ils sont avant tout les médiateurs de l’assemblée et du pays. Leur devoir est de s’oublier eux-mêmes, de sacrifier, s’il le faut, leur influence personnelle et leur situation parlementaire pour rétablir avant tout l’autorité morale du gouvernement auquel ils appartiennent, si tant est qu’elle soit compromise dans l’opinion publique, — de maintenir envers et contre tous l’intégrité de la politique du message, la seule que le pays approuve, la seule qui puisse assurer l’avenir.

La politique d’équilibre a fait son temps. L’heure des hésitations et des concessions est passée ; puisqu’elles ne peuvent plus prolonger la trêve, il ne faut plus en faire à personne, ni aux réactionnaires ni aux radicaux. Ils croient le moment venu de poser leurs conditions et de sommer le gouvernement de choisir entre eux : le moment est venu en effet de leur faire comprendre qu’ils se