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Palestine disent qu’en effet il y avait du mérite, et que la tentation de s’agenouiller devant cette majesté devait être grande.

A côté de ces divinités de premier rang, les Phéniciens en adoraient beaucoup d’autres. Les inscriptions nous ont livré leurs noms, malheureusement pas beaucoup plus. On distingue dans le nombre Shemesh, le dieu-soleil aux longs cheveux, qui perd sa force quand ils sont coupés, — les dieux-fleuves, tels que BaaI-Tamar ou le Tamyras, qui coule entre Béryte et Sidon, — le Kison au nord du Carmel, — l’Adonis, aujourd’hui l’Ibrahim, — puis des dieux de montagne, le Pniel (face de Dieu), le Kasius, plus près de l’Égypte, enfin d’autres divinités telles que Sakkun, Baal-Céphon, Mut, dieu de la mort, et d’autres dont on n’ose encore rien affirmer de précis. Le peu qu’on en sait confirme toutefois ce que nous avons dit du caractère austère de la mythologie phénicienne.

Ce qui ressort comme un trait général de cette religion, c’est l’effacement relatif des divinités féminines. Leur rôle est toujours subordonné. Tanit, qui se présente à nous sous les formes les plus accusées, n’est pourtant que « le nom » ou « la face » de Baal-Hammân, c’est-à-dire sa manifestation ; son individualité paraît s’absorber dans celle de son correspondant masculin. Elle n’en a pas moins été l’objet d’un culte très populaire. Ce ne sont pas les divinités supérieures qui stimulent le plus fortement le sens religieux des populations superstitieuses. En ce sens, et comparée à d’autres mythologies de l’Asie où les déesses jouent un rôle prépondérant, à Ninive par exemple, ou bien à Éphèse, on peut dire que celle des Phéniciens sert de transition pour arriver au jéhovisme israélite, culte d’un dieu strictement masculin, solitaire, et qui n’a d’autre compagne que sa pensée ou sa sagesse éternelle.

On peut donc signaler dans l’antique religion phénicienne plus d’une tendance qui lui est commune avec celle d’Israël. Comme le peuple issu de Jacob, les Phéniciens s’approprièrent avec complaisance les cultes cananéens qu’ils trouvèrent en vigueur dans le pays où ils se fixèrent. Cela ne les empêcha pas de continuer à vénérer leurs dieux indigènes, austères et terribles ; mais ils ne réussirent pas comme les Israélites à purifier leur religion nationale des souillures provenant du mélange, ou plutôt il faut dire qu’ils eurent toujours du goût pour les religions étrangères. L’Égypte surtout exerça sur leur imagination un véritable prestige ; ils s’engouèrent par exemple pendant tout un temps du culte d’Osiris. On a retrouvé en Espagne une inscription où Harpocrate, Har-pe-chruti, c’est-à-dire Horus l’enfant, se présente au beau milieu de divinités toutes phéniciennes. C’est à l’Égypte qu’ils empruntèrent la distribution de leurs temples, les vêtemens, de leurs prêtres, et peut-être