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elle avait oublié un mouchoir encore tout imprégné du parfum de ses vêtemens ; Maimbert fut heureux de retrouver ce souvenir des heures délicieuses qui venaient de s’écouler si rapidement.


III

A une demi-lieue des lagunes qu’on laisse à sa gauche en allant de Smyrne à Bournabat, non loin des Bains de Diane, il y avait un assez grand jardin entouré de hautes murailles, planté de saules, de peupliers et d’arbres à fruits. Au milieu de l’herbe jaillissaient deux sources dont les eaux réunies formaient un étang plein de roseaux ; deux fois par an, les oiseaux de passage venaient s’y abattre en foule. Un petit temple, de forme circulaire, mirait dans le lac ses colonnes blanches couronnées de chapiteaux à volute. Ce sanctuaire, jadis consacré aux muses, avait été respecté par le temps et par les hommes ; l’entablement seul avait perdu quelques-unes de ses pierres sculptées ; la vigne vierge, en couvrant la frise de ses flexibles guirlandes, dissimulait ces ruines ; l’édifice, tout blanc sous son manteau de verdure, paraissait aussi jeune qu’à l’époque où les filles d’Homère y venaient apporter leurs offrandes. Un peu plus haut, entre les fontaines, une statue de femme couchée semblait dormir sur son large piédestal. Moins heureuse que le temple, elle n’avait pu échapper à la destruction. La tête et un des bras manquaient, et la masse d’armes du conquérant monothéiste avait sillonné de profondes blessures le corps de la déesse de marbre. Malgré ces mutilations ; on ne pouvait contempler sans un sentiment d’admiration profonde la grâce un peu molle de son attitude, les courbes voluptueuses de ses lignes, la finesse de la draperie qui couvrait une partie de sa jambe droite. Plus haut encore, au-delà des pelouses et des bosquets dont la serpe de l’émondeur respectait le feuillage, on apercevait une grande bâtisse de bois et de plâtre percée régulièrement de nombreuses fenêtres. Cette construction improvisée ne manquait pas d’une certaine élégance ; des auvens en bois sculptés surmontaient le cintre des portes, et des rosiers grimpeurs couvraient toute la façade. D’autres rosiers à fleur de terre croissaient partout dans le jardin, dont le caprice des promeneuses traçait seul les allées ; ils avaient valu à ce domaine son nom de Gulhané ou Maison des Roses. Une maison tartare, bâtie pour un. jour dans le pays des fleurs, au milieu de ruines antiques, n’est-ce pas là l’image de l’empire des sultans ?

Pendant les heures chaudes de la journée, le petit temple ionique était la retraite habituelle d’Elmas. Un tapis de haute laine recouvrait le pavé ; étendue sur des coussins, elle sommeillait là