Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/49

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


influence en Turquie ; la Grèce ne perdait pas un ami, M, de Latour-Maubourg était convaincu qu’il ne fallait pas appliquer trop rigoureusement le sens, du mot neutralité aux deux parties contondantes.

Telle parait avoir été aussi l’opinion de M. le comte de Beaurepaire, que la frégate la Médée avait transporté dans le Levant, et qui, au départ de M. le marquis de Latour-Maubourg, était resté a chargé des affaires de sa majesté très chrétienne près de la Porte-Ottomane. » Formellement accrédité en cette qualité dans une visite solennelle qu’il avait faite le 22 février au grand-vizir, à son lieutenant le kiaïa-bey et au reiss-effendi, M. de Beaurepaire s’empressa d’informer le capitaine de Rigny de son installation officielle. « Pendant la traversée que je viens de faire à votre bord, lui disait-il, nous avons été unis dans les mêmes sentimens, les mêmes vœux, le même zèle… Quand j’ai été reçu par les ministres du sultan, quand j’ai échangé avec eux des protestations motivées par tous les souvenirs d’une constante amitié, je n’ai pu ni dû oublier la marine royale. J’ai eu soin de faire remarquer que j’avais attendu à Smyrne pour remonter à Constantinople le bâtiment du roi qui était allé délivrer à Athènes des musulmans. Il y a ici parmi les Turcs qu’a sauvés M. de Reverseaux un officier de janissaires qui occupe dans son corps le poste important d’ousta (de major). Il rend et fait rendre une justice éclatante ; aux Français, les meilleurs amis de la Turquie. »

Le départ du ministre russe de Constantinople n’avait pas amené, comme on l’appréhendait, la guerre avec la Russie ; les ouvertures de l’Angleterre, disposée à étendre à la Morée le protectorat qu’elle exerçait sur les îles ioniennes, avaient été repoussées avec indignation par le divan ; la France ne réclamait pour les Grecs que de la clémence, Le sultan Mahmoud pouvait donc se livrer sans crainte à l’inflexibilité de son caractère. Il promettait de ne plus faire ravager par sa flotte des îles sans défense ; il n’admettait pas que la diplomatie pût donner à des sujets rebelles un autre conseil que celui de déposer les armes. La Grèce triomphante était d’ailleurs, il faut bien l’avouer, beaucoup moins intéressante que la Grèce éplorée et tendant avec désespoir ses bras vers l’Europe. L’anarchie avait en Morée suivi de très près la victoire. Les capitaines grecs qui venaient de chasser les Turcs se regardaient comme leurs successeurs naturels. Ils montraient peu de déférence pour les Phanariotes et pour le parti qui eût voulu dès lors essayer de fonder en Grèce un état de choses légal et régulier. « On a donné à M. de Reverseaux, écrivait le chevalier de Viella dès le mois d’octobre 1822, une étrange nouvelle. Le général Colocotroni, à qui beaucoup de courage, de grandes richesses et l’expérience acquise dans les régimens ioniens ont assuré de nombreux partisans, vient de