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retrouve dans les incidens les plus confus en apparence comme dans les actes les plus hardis.

Qu’est-ce que la dernière crise ministérielle qui vient de se produire à Rome ? C’est précisément une de ces péripéties qui menacent de tourner à la confusion et que l’esprit politique vient dénouer ou pallier à propos. Ce qui est arrivé il y a quelque temps en Angleterre au ministère Gladstone est arrivé à Rome dans des conditions qui ne sont pas très différentes, et a eu le même dénoûment. Le cabinet Lanza a donné un instant sa démission ; puis il l’a retirée, et il reste aujourd’hui au pouvoir, fortifié peut-être par cette épreuve, devant laquelle il n’a point reculé.

Le ministère italien existe depuis longtemps, il a traversé des événemens considérables pour l’Italie comme pour L’Europe, c’est déjà une raison pour qu’on soit disposé à croire qu’il peut arriver au bout de sa carrière. Il se compose d’élémens divers de la droite, du centre gauche, c’est encore une raison pour qu’il ait quelquefois une vie laborieuse et disputée, entre une fraction de la droite, qui l’appuie sans enthousiasme, et la gauche, qui cherche toutes les occasions de le mettre en minorité dans l’espoir de le remplacer. Il a de plus un ministre des finances, M. Quintino Sella, esprit vif et intrépide, qui s’est proposé de rétablir l’équilibre du budget italien dans un certain nombre d’années, qui sent bien les difficultés de son entreprise et qui ne supporte pas facilement les contradictions, les chicanes de détail. Tout est là Le prétexte de la crise s’est produit à l’improviste, et, selon l’habitude, est venu du côté où l’on ne s’y attendait guère, à l’occasion d’un vote sur les travaux de l’arsenal maritime de. Tarente. L’Italie a deux grands arsenaux, l’un à la Spezzia dans la Méditerranée, l’autre à Venise dans l’Adriatique, elle n’en a pas dans la mer Ionienne. Tarente est admirablement placée pour un établissement de ce genre. Il y a eu déjà plusieurs projets, dont l’un presque grandiose, conçu de façon à créer, un arsenal complet à Tarente, mais imposant au budget une dépense de plus de 70 millions. On s’est arrêté à un projet plus modeste : le ministère se bornait à demander une somme de 6 millions 1/2. La chambre des députés, principalement sous l’influence d’un de ses vice-présidens, M. Pisanelli, représentant de Tarente, a trouvé la dotation parcimonieuse, elle a voulu voter une somme de 23 millions, et M. Sella, qui n’est pas endurant, a perdu patience et s’est fâché sérieusement. Il a vu dans le vote de la chambre un échec pour le gouvernement, et il n’a point hésité à provoquer la démission du cabinet tout entier, que M. Lanza est allé annoncer le lendemain à la chambre, un peu étonnée de ce qu’elle avait fait.

Ce n’est point précisément une chose ordinaire de voir des ministres prendre si vite de l’humeur pour une dépense de plus inscrite dans un budget et donner leur démission sur un incident dénué de tout caractère politique. En réalité, le vote sur l’arsenal de Tarente n’a été qu’une occasion vivement et résolument saisie. Depuis quelque temps, le cabi-