Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/509

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tège, vous et les vôtres, et vous envoie toutes ses bénédictions ; c’est le souhait de votre frère dévoué. »

On le voit, Lee ne regardait pas l’élection d’un président républicain, nommé par une seule fraction du pays, comme une raison suffisante de se séparer de l’Union. Ce fut là aussi le sentiment d’un grand nombre d’officiers du sud ; habitués à combattre sous le drapeau des États-Unis, ils avaient peine à comprendre la force du raisonnement qui semblait justifier la sécession et les obligeait à quitter ce drapeau. Leurs résolutions finales furent prises sur les mêmes considérations que celles qui déterminèrent Lee : leurs états respectifs les appelaient, et ils devaient avant tout leur obéir. En donnant ainsi sa démission, Lee sacrifiait non-seulement l’avenir qui s’ouvrait devant lui, mais aussi celui de ses enfans, ainsi que sa fortune personnelle ; bien plus, le gouvernement qu’il avait si longtemps servi allait le considérer, comme un traître, et il s’aliénait l’affection d’un grand nombre de ses meilleurs amis. Un seul mot, celui qui résume toutes les actions de sa vie, fut le mobile de celle-ci, la plus cruellement décisive : il crut faire son devoir.

Aussitôt que la nouvelle de sa démission fut connue à Richmond, devenu la capitale et le quartier-général des états confédérés, le gouvernement de Virginie nomma Lee major-général des forces de la Virginie du nord, et il fut appelé à comparaître devant la convention assemblée au Capitole, où le président lui annonça dans un discours solennel la mission qui lui était imposée. Lee était alors, à cinquante-quatre ans, dans toute la vigueur de l’âge et de ses facultés intellectuelles. Il avait toujours eu une figure et une tournure remarquablement belles, et les soucis de la guerre n’étaient pas encore venus blanchir ses cheveux. Grave et silencieux par nature, un peu raide, d’une exquise politesse de manières, mais en même temps d’une douceur et d’une simplicité infinies, il en imposait à ceux qui ne le connaissaient que peu. Sa santé de fer, maintenue par une sobriété et une frugalité devenues proverbiales dans son armée, n’avait été atteinte par aucune des fatigues de ses campagnes, et il était encore le plus intrépide et le plus élégant cavalier de la Virginie. Il portait cette rigueur de principes, dont il venait de donner un si frappant exemple, dans tous les actes de la vie privée et il la voulait voir pratiquer à ses enfans. Qu’on lise ces fragmens d’une lettre adressée quelque temps auparavant à son fils aîné, qui devint plus tard un de ses officiers-généraux les plus distingués ; trouvée par des officiers fédéraux, elle fut publiée par eux pendant la guerre.

« Appliquez-vous, écrivait-il à être vrai en toutes choses. La franchise est la fille du courage et de l’honnêteté. En toute circonstance, ne