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dans les expéditions fourragères. La guerre conduite sur de tels principes menait rapidement au vandalisme et à la rapine : aussi le général Lee ne put-il retenir sa juste indignation. Il adressa au ministre de la guerre à Washington d’énergiques réclamations, qui ne restèrent pas sans effet. Le gouvernement fédéral proclama qu’aucun officier ne devait quitter les rangs sans autorisation, pour prendre le bien d’autrui, sous peine de mort.

Pope arriva plein d’assurance pour entreprendre sa campagne de Virginie, se vantant qu’avec une armée comme celle que Mac-Clellan lui laissait rien ne pourrait arrêter sa marche triomphale jusqu’à la Nouvelle-Orléans. Pendant quelque temps, les deux armées s’observèrent ; enfin, craignant une avance trop rapide de son adversaire, Lee détacha contre lui Jackson, qui le força après un vif engagement à reculer. Ici encore, à un moment critique de cette action de Cedar-Run, lorsque les confédérés semblaient ne plus pouvoir soutenir le poids de l’ennemi, Jackson se précipita au milieu de la mêlée, l’œil en feu, la voix vibrante, une sorte d’incarnation du génie des batailles, décidé à vaincre ou à périr. Le cri de Stonewall Jackson rallia comme par magie ses troupes débandées, et elles repoussèrent furieusement l’ennemi derrière le Rappahanock.

Ce fut là que Lee résolut d’attaquer : calculant sur l’aide que lui offrait un pays très boisé, il partagea son armée en deux. Jackson devait avec une moitié tourner et menacer les derrières de Pope. Le brave lieutenant de Lee, s’avançant par un détour sur Manassas, y détruisit les dépôts considérables de provisions et d’armes qui y étaient amassés. Sur cette nouvelle. Pope vint en toute hâte à Manassas, mais Jackson avait déjà disparu aussi rapidement et mystérieusement qu’il était arrivé, ayant marché 50 milles en deux jours, et laissant Pope dans une ignorance confuse des positions de ses ennemis. Il s’était retiré à Sudley, adossé aux mêmes montagnes par lesquelles il avait débouché et où Lee devait le rejoindre. Celui-ci de son côté, arrivant avec le reste de l’armée à marches forcées, pénétra par Thorough-Fare-Gap, défilé dans cette même chaîne de montagnes par lesquelles Pope se croyait protégé, et, guidé par le canon, trouva son lieutenant aux prises avec toute l’armée fédérale, à l’endroit même où un an avant la première bataille de Manassas avait été livrée. Pope attaquait avec fureur les lignes confédérées, croyant n’avoir affaire qu’à Jackson et ne se doutant pas de la présence de Lee. Pendant deux jours, la lutte dura. Il y eut des deux côtés des prodiges de valeur et de hardiesse. Des lignes entières des brigades qui chargeaient sous Jackson et Longstreet étaient annihilées sous le feu de l’artillerie fédérale. Petit à petit les côtés de l’immense V auquel ressemblait