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l’ordre de bataille de Lee se refermèrent sur l’ennemi. Les colonnes confédérées pressant sur le cœur même de l’armée de Pope, une nouvelle charge plus terrible que les autres, où toutes les réserves confédérées donnèrent avec une fureur « de démons, » nous disent les témoins, anéantit les dernières résistances fédérales. Le coucher du soleil vint terminer la bataille, et la retraite désordonnée des vaincus commença. Pope se retira dans la nuit, et deux jours après se réfugiait autour de Washington. Ainsi finit la troisième avance des fédéraux sur Richmond. Lee avait de nouveau délivré la Virginie. Ses pertes étaient de 10,000 hommes, mais celles des fédéraux étaient trois fois plus considérables, et ils laissaient un grand nombre de prisonniers.



III.


La lutte allait maintenant être transportée des portes de Richmond à celles de la capitale des États-Unis. La campagne de Virginie étant terminée par la déroute de Pope, les confédérés se laissèrent aller à de brillantes espérances pour l’avenir. Lee n’hésita pas à profiter, sans perdre un instant, des chemins ouverts par sa victoire, pour avancer vers le nord, en Maryland. Son but était de mener la guerre hors de la Virginie et d’arriver à des régions plus riches et plus productives pour l’armée, qui depuis deux ans épuisait complètement le pays. Il espérait trouver en Maryland nombre de volontaires et d’adhérens à la cause du sud, et réveiller par sa présence tous les souvenirs qui rattachaient le Maryland à la Virginie. Depuis le commencement de la guerre, des milliers de jeunes gens en arrivaient pour s’enrôler sous les drapeaux confédérés, et nombre de familles exilées ou maltraitées par les autorités fédérales traversaient la frontière, pleines de griefs contre le nord. Pourtant le West-Maryland, où Lee dut entrer d’abord, était par suite des origines nordistes de sa population peu affectionné à la cause confédérée, tandis que dans l’est de l’état, où il ne pouvait pénétrer à cause de la présence de toute l’armée fédérale, les sympathies étaient toutes pour le sud. Les soldats, ne se rendant pas compte d’avance de cette différence de sentiment, furent grandement désappointés de l’accueil qu’on leur fit. Malgré leurs actions d’éclat, les confédérés n’offraient pas un spectacle bien tentant pour les recrues. Fatigués par tant de marches pénibles, par tant de combats, ils n’avaient plus de souliers aux pieds, plus que des guenilles sur le dos. Leurs figures hâves et noircies disaient éloquemment leurs longues souffrances. Jamais ils n’avaient été aussi sales, aussi mal approvisionnés ; en revanche, jamais discipline plus sévère n’avait régné dans leurs rangs, et les ordres formels de montrer