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40,000 prisonniers et une énorme quantité de matériel enlevé à l’ennemi, tel était le résultat des efforts de Lee et de son armée.

Les confédérés allaient enfin, après leurs fatigues, prendre quelques semaines de repos, campés dans la belle vallée de la Shenandoah si bien surnommée le Jardin de la Virginie, séparés seulement par le Potomac du camp de leurs adversaires. Leur confiance dans leur commandant en chef croissait tous les jours : ils savaient maintenant qu’il était à la hauteur de tous les dangers, de toutes les tâches. Ils étaient fiers de cette belle et martiale figure, si calme dans la bataille, si frappante dans ce simple uniforme gris qui le distinguait à peine de ses officiers. Ils appréciaient son extrême modestie et sa grande retenue, qui contrastaient avec l’originalité et les excentricités de son brave lieutenant Stonewall Jackson. La piété profonde, mais simple et réservée de Lee ne ressemblait guère à l’ardente ferveur de Jackson, qui, comme les anciens puritains, priait tout haut au milieu des batailles ou dirigeait ses soldats en chantant des psaumes. Toujours soigneux du bien-être moral de ses soldats, Lee s’associait souvent à leurs prières, le matin ou la veille d’une bataille, et la tête découverte, dans l’attitude du plus profond recueillement, écoutait comme eux, et souvent au bruit des bombes ennemies. Il se préoccupait aussi beaucoup de l’observation du dimanche dans son armée, assistant toujours au service divin, et causant constamment avec ses aumôniers du développement religieux de ses soldats. À cette époque, comme du reste pendant toutes ces longues années de guerre, il recevait sans cesse des envois, la plupart anonymes, consistant surtout en provisions rares, en vins, en cordiaux ; mais il envoyait invariablement tout aux ambulances, ne gardant même pas une bouteille de vin pour sa table.

Avant la délivrance de Richmond, ses troupes l’avaient acclamé avec confiance ; maintenant c’était avec un véritable amour. Lorsqu’il paraissait, le camp entier bourdonnait de joie, et les hommes, avec cette familiarité caractéristique que l’on ne trouve qu’en Amérique, le saluaient aux cris de « voilà uncle Robert ! » Des vieillards, des femmes, des enfans de tout âge et de tout rang, affluaient au camp pour voir leur libérateur. Dans la confédération entière, des prières étaient lues pour lui chaque dimanche. Un Anglais qui visitait à cette époque le camp de la Shenandoah écrivait au Blackwood Magazine : « En parcourant le quartier-général de Lee, ceux qui sont habitués aux camps européens ne peuvent manquer d’être frappés de l’absence de ce qui chez nous fait la pompe et l’accompagnement obligé de la guerre. Ce quartier-général est composé de sept ou huit tentes plantées contre une haie, et sur un