Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/708

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dépendait de la variété des vibrations qu’exécute chacun « de ces petits momies. Voilà une première intervention d’un principe de différence. Ce principe ne détermine pas seulement la multiplicité des corps simples, il agit dans un même élément avec une telle Intensité que ce même élément peut revêtir des propriétés et des attributs fort dissemblables. Quoi de plus hétérogène que le diamant et le charbon, le phosphore ordinaire et de phosphore amorphe ? Cependant le diamant et le charbon sont chimiquement identiques, de même pour le phosphore ordinaire et le phosphore amorphe. Ces cas d’isomérie, dont le nombre est considérable, témoignent avec la dernière évidence de l’extrême variabilité dont les groupemens de la force sont susceptibles. Quand on voit les mêmes élémens, unis dans les mêmes proportions de poids, donner lieu tantôt à des matières innocentes, tantôt à des poisons terribles, engendrer dans un cas des produits incolores ou pâles, dans l’autre des couleurs brillantes, on acquiert la conviction que l’étoffe primordiale est peu de chose à côté de la puissance du tisserand qui en arrange des fils, et qui sait d’avance quelle sera la physionomie de la trame. D’ailleurs le principe formel n’éclate pas que dans l’ensemble, il éclate aussi dans les élémens considérés manuellement, puisque chacun de ceux-ci manifeste des tendances, des affinités électives, qui attestent un obscur instinct de l’harmonie finale.

Non-seulement il y a une variété prodigieuse dans l’arrangement des atomes qui constituent les molécules et dans la disposition des molécules entre elles, mais encore cet arrangement est soumis aux lois d’une admirable géométrie. Les atomes qui constituent les molécules n’y sont point tassés et confondus sans règle et sans ordre ; ils n’y entrent que dans de certaines proportions et dans de certaines directions. M. Marc-Antoine Gandin a établi dans un ouvrage récent, qui traite spécialement de ces questions délicates, quelques-unes des lois les plus importantes de la géométrie des atomes. Cet ingénieux et persévérant auteur y démontre que toutes les molécules chimiques, qu’elles soient aptes ou non à engendrer des cristaux, sont formées par une agrégation symétrique d’atomes. Ces derniers se disposent en équilibre dans deux directions perpendiculaires entre elles, l’une parallèle à l’axe du groupement et l’autre perpendiculaire à cet axe de façon à constituer toujours une figure symétrique. Les corps les plus compliqués, dès l’instant où ils sont soumis à la loi des proportions définies et constituent des espèces chimiques, sont composés de molécules où les atomes sont groupés en prismes, en pyramides, bref en polyèdres plus ou moins multiples, mais constamment d’une parfaite régularité. La