Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/710

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elle ne se distingue point essentiellement de la matière brute. Elle ne reçoit l’investiture et la dignité du rôle vital que du moment où elle est élue dans l’assemblée dont toutes les démarches tendent vers un même but, qui est le fonctionnement de l’organisme et la perpétuité de l’espèce.

Ce qui se passe dans l’ovule est une image réduite de ce qui se passe dans l’univers. Les différentiations qui s’accomplissent dans cette goutte muqueuse sont une copie des différentiations qui se déploient et se déroulent dans l’océan du monde. C’est tout d’abord une masse microscopique, homogène, uniforme dans toutes ses parties, une collection d’énergies identiques les unes aux autres, et dont l’ensemble ne se distingue pas sensiblement d’une goutte de gélatine qui pendrait imperceptible à la pointe d’une aiguille. Cependant bientôt un mouvement sourd agite spontanément ces atomes presque inertes, et ce mouvement se traduit par une première condensation de la matière ovulaire ou vitelline, qui est la vésicule germinative. Celle-ci disparaît, mais en même temps de nouvelles vibrations disposent les molécules de ce microcosme diaphane et amorphe selon des groupemens plus complexes. La substance vitelline se gonfle vers la périphérie, où elle constitue les globules polaires, tandis qu’au centre elle se concrète pour donner naissance au noyau vitellin. Celui-ci à son tour se partage, se segmente en un grand nombre de noyaux secondaires, autour de chacun desquels la masse ovulaire se répartit en se contractant. Au lieu d’une seule cellule, l’ovule, qui a grandi, se trouve en contenir maintenant un grand nombre. Ces cellules dites blastodermiques tendent alors à se disposer en deux couches, en deux feuillets adossés, au sein desquels apparaissent et se développent peu à peu les élémens de l’embryon, conformément à un processus où les forces devenues formes vont engendrant et multipliant sans cesse de nouvelles forces et de nouvelles formes.

Or les séparations, les distributions, les ordinations, les hiérarchies, les harmonies qui s’établissent dans l’ovule pour constituer peu à peu l’édifice de l’embryon, révèlent un principe de différentiation analogue à celui qui, de la masse confuse des énergies cosmiques, a fait sortir la variété infinie des spectacles actuels. Il y a, comme beaucoup de biologistes l’avaient pressenti et comme a eu la gloire de l’établir définitivement M. Coste dans un ouvrage qui est un des plus beaux monumens scientifiques de ce siècle, il y a une force qui réalise, dirige, anime les formes de la matière organisée dans l’œuf. Tous les œufs se ressemblent à l’origine. Il y a, entre ceux qui donneront un ton et ceux qui donneront Une souris, similitude absolue de structure et de substance. La forme est