Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/712

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différentiation des forces abstraites du monde. C’est ainsi que l’énergie pensante est aussi supérieure aux sensations que l’énergie nutritive l’est elle-même aux alimens. On pourrait, dans un autre ordre, comparer l’âme à un papier couvert de caractères tracés avec cette encre qu’on appelle sympathique. A la température ordinaire, ces caractères sont invisibles ; mais sitôt qu’on les approche du feu, ils apparaissent avec une belle couleur. De même l’âme a en soi des traits obscurs et des figures confuses que la sensation colore et fait resplendir. On a vu que dans cette goutte muqueuse, d’un dixième de millimètre de diamètre, qu’on appelle l’ovule, sont endormies et enchaînées les forces et les tendances de toute la vie nutritive et intellectuelle de l’homme. Semblablement dans cette énergie sans figure et sans étendue qui est l’âme réside un exemplaire en miniature de l’univers entier, et, par je ne sais quelle grâce de Dieu, comme un songe de ce Dieu lui-même ! La pensée consiste à reconnaître tous les détails de cette miniature et à en découvrir la signification. Ainsi ce qui fait toute la réalité des choses matérielles, c’est la forme, et la forme, telle qu’elle nous apparaît dans le monde, est à la fois un principe de différentiation et un principe d’harmonie, c’est-à-dire l’ouvrage d’une intelligence. Le corps et le mouvement sont de purs phénomènes. Le premier n’est qu’une image de la substance, le second une image de l’action ; mais substance et action ne sont l’une et l’autre que des effets de la force intelligente, c’est-à-dire de l’activité qui agit en vue d’un résultat. Seulement cette activité présente des degrés infiniment variés de concentration, et l’on peut dire, avec M. Maudsley : un équivalent de force chimique correspond à plusieurs équivalens de force inférieure, et un équivalent de force vitale à plusieurs équivalens de force chimique. C’est ainsi que la science moderne délie le nœud gordien de la constitution de la matière.


III

Une première vue du monde, exclusivement analytique, nous a conduits à une première et indéniable certitude, l’existence d’un principe d’énergie et de mouvement. Une seconde vue de l’univers, exclusive n-nt synthétique, nous conduit, comme on vient de le voir, à une seconde certitude qui est l’existence d’un principe de différentiation et d’harmonie. Ce principe, c’est ce qu’on appelle l’esprit. Ainsi l’esprit n’est pas la substance, mais il est la loi de la substance. Il n’est pas la force, mais il est le révélateur de la force. Il n’est pas la vie, mais il fait valoir la vie. Il n’est pas la pensée, mais il est la conscience de la pensée. Un célèbre savant anglais,