Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/770

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par des déclamations pour lesquelles le pouvoir n’a pas toujours le superbe dédain qu’il affecte. « J’avoue, monseigneur, écrivait l’amiral le 28 octobre 1826 au ministre, que je ne puis comprendre comment des faits de piraterie si multipliés, si authentiques, trouvent encore, sinon des apologistes, au moins des incrédules. Notre patience et notre tolérance ont été poussées au-delà de ce que pouvaient désirer les plus ardens défenseurs des Grecs. En toutes les occasions, — j’en atteste les plaintes et les déclarations des chambres de commerce, — les Grecs ont été les provocateurs. Je défie qu’on me cite un bâtiment français qui se soit chargé de transports illicites sans avoir été immédiatement abandonné aux chances qu’il devait courir. Cependant lorsque, sous prétexte du blocus général de l’empire ottoman, on prétend arrêter toute la navigation européenne, non pour le salut d’une cause qui a certainement toutes nos sympathies, mais pour se partager les dépouilles de nos bâtimens, lorsque des corsaires, sans pavillon, sans commissions régulières, sans garantie d’aucune sorte, insultent jusqu’aux bâtimens du roi, il faut bien que ceux-ci soient toujours prêts à repousser des insultes qu’ils ne provoquent jamais. »

Le brick le Palinure, commandé par le capitaine Kerdrain, s’était emparé près de l’île de Chypre du brick-goëlette de Spezzia l’Aristide, percé de seize sabords et monté par 64 hommes d’équipage ; la corvette l’Écho, aux ordres du capitaine Buchet de Châteauville, avait saisi sur la côte de l’île Thermia un forban qui s’y était réfugié. L’amiral envoya les équipages de ces deux navires à Toulon. On niait qu’il y eût des pirates dans l’Archipel ; la question allait être tranchée par les tribunaux maritimes. Qu’on juge de la stupéfaction de l’amiral quand il vit revenir acquittés, blanchis par une sentence de non-lieu, ces malfaiteurs notoires dont les excès avaient terrifié notre commerce. Missolonghi venait de succomber ; la France ne se sentait pas le courage d’envoyer des Grecs au supplice. Dans le Levant même, une pareille indulgence fut généralement peu comprise, et l’on peut dire qu’elle contribua singulièrement à y refroidir l’enthousiasme. Le devoir de l’historien est de chercher à démêler la vérité entre ces rapports officiels empreints d’une mauvaise humeur évidente, « et ces relations privées dont l’idiome amplificateur avait encore à traverser Zante, Corfou, l’Italie et l’Autriche, avant d’aller recevoir à Londres et à Paris le brillant coloris de la presse journalière. »

Le nom de Canaris continuait toutefois de trouver grâce devant un scepticisme croissant. La modestie et la simplicité du héros ipsariote « formaient, au dire de nos capitaines, le plus parfait contraste avec la jactance et le sot orgueil de tous ces gens qui, ne