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maison impériale, « de consul redevenait rhéteur. » Tel fut le sort d’Eumène désigné par l’empereur Constance pour enseigner la jeunesse au collège d’Autun. Eumène occupait alors au palais une charge considérable ; il fallait s’en démettre, et le célèbre rhéteur hésitait. Constance sut aisément vaincre de tels scrupules. « Ne crains rien, lui écrivait-il, tes nouvelles fonctions ne te font pas déchoir ; sache-le bien, la profession que tu embrasses serait une parure pour toute dignité. »

Deux écoles surtout s’étaient acquis au IVe siècle une haute réputation, Trêves et Autun. Trêves, séjour des empereurs, possédait une école d’éloquence fondée récemment, mais en peu de temps parvenue à la célébrité. Symmaque en parle avec éloge, Ausone la met de pair avec la fameuse école de Quintilien. Au temps de l’empereur Gratien, les professeurs établis dans les murs de « l’illustre cité » de Trêves se trouvaient, par faveur singulière du prince, les mieux rémunérés de toute la Gaule : un grammairien grec y recevait douze rations ; vingt rations étaient le salaire du grammairien latin, trente celui du rhéteur. On voyait en outre dans cette grande métropole une vaste bibliothèque située au palais impérial ; aucun renseignement spécial concernant cet établissement ne nous est parvenu ; on peut toutefois se faire une idée de ce qu’il pouvait être d’après les descriptions qui restent de la bibliothèque de Constantinople. Celle-ci possédait un bibliothécaire et sept scribes, quatre pour le grec et trois pour le latin ; leur emploi consistait à transcrire soit les livres nouveaux, soit les livres anciens qui se détérioraient.

Le collège d’Autun, le plus ancien comme le plus fameux de toute la Gaule, avait été détruit dans les ravages qu’entraîna vers la fin du IIIe siècle l’insurrection des Bagaudes. Ses portiques étaient devenus déserts et ses murailles gisaient abattues. Constance Chlore les fit relever, et, pour complaire sans doute à ce puissant maître, Eumène consacra à rétablir les chaires abandonnées le traitement d’une place qui lui rapportait vingt-six mille de nos francs. Lui-même, désigné par l’empereur pour enseigner la rhétorique à l’école éduenne, s’acquit dans ces fonctions une grande renommée. Longtemps on cita comme un modèle accompli de belle grandiloquence le discours prononcé par cet illustre orateur à la réouverture des cours de son école. Le perfectissime préfet de la Lyonnaise était venu, au nom de l’empereur, présider en grand apparat cette importante solennité. Eumène le reçut sous les portiques du gymnase reconstruit, le harangua, et, saisi d’un fort beau transport de rhétorique : « Jette les yeux autour de toi, s’écria-t-il, et regarde ! Sur ces murailles peintes en tons éclatons, tu vois la terre, la terre