Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/813

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successeurs de Brutus, et l’on avait vu plus d’un empereur précéder à pied la litière consulaires Rien n’avait été changé par eux au cérémonial traditionnel de l’officium, c’était toujours la même pompe, le même apparat fastueux : soldats cheminant sans armes et traînant sur les dalles du forum la robe gabienne, licteurs armés de faisceaux, écartant la foule, sénateurs revêtus de la toge et gravissant en longue file les pentes du Capitole ; c’étaient encore les acclamations de tout un peuple, les manumissions d’esclaves, les distributions de pain, les courses du cirque, les égorgemens de bêtes et de gladiateurs : pour un jour, la Rome de Constantin et de Théodose semblait être la Rome de Scipion et de Marius. Mais l’illusion était de courte durée ; un matin la voyait naître, un soir la faisait finir, et le consul d’une année n’était pas même un consul de deux jours.

Ausone avait trop longtemps vécu dans la Rome des rives de la Moselle pour croire à la réalité des glorieux fantômes qui hantaient encore la Rome des bords du Tibre. Le sceptique héritier de Cicéron savait fort bien ce qu’était devenu le consulat par l’œuvre des temps et sous la main des hommes. « Ta seule faveur, empereur auguste, m’a fait consul, disait-il à Gratien ; tu m’as exempté du Champ de Mars et de ses barrières, des suffrages, des points qui servent à les compter, des largesses qui les achètent. Les acclamations de la foule ne m’ont point troublé ; le n’ai pas eu besoin de serrer les mains, d’appeler par son nom chacun de mes partisans, au risque de me tromper. Je n’ai point parcouru les tribus, flatté les centuries, tremblé devant les classes, remis au séquestre le prix des votes, corrompu le distributeur de bulletins. Peuple romain, Champ de, Mars, ordre équestre, tribune, barrière, sénat, curie, Gratien a été tout pour moi ! » Le jeune prince, objet d’une pareille reconnaissance, eût ardemment souhaité de présider la cérémonie où son pédagogue allait revêtir la trabée et le manteau consulaire ; mais il était en ce même moment retenu sur les bords du Danube par la lutte vigoureuse qu’il soutenait contre les barbares. Au moins voulut-il assister à la sortie du consulat, et honorer la fête de sa présence : Ce fut alors qu’ Ausone prononça l’Action de grâces dont nous avons cité deux passages, déclamation fleurie où la forme souvent ingénieuse est loin de compenser la stérilité des idées, trop pompeux témoignage de l’abaissement des esprits et de la servilité du siècle.

Rassasié d’honneurs et déjà vieux, Ausone ne songea plus qu’à couler doucement ses dernières années dans sa patrie, au milieu des siens. Il regagna, plein de ravissement, sa chère Aquitaine et « ce sol natal où le ciel est clément, la terre fertile, le printemps si long ; les hivers si courts ! » D’affreuses catastrophes ne