Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/877

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Sauf le tableau de M. Philippe Rousseau, l’Office, qu’on ne saurait trop vanter, car ce peintre possède le secret d’être toujours intéressant et nouveau sans sortir de l’étroit domaine où il a enfermé son talent, on ne trouve guère au Salon de cette année de toiles vraiment supérieures. Les Fleurs et fruits de M. Couder sont une toile cirée, criarde, tapageuse, insignifiante, d’une peinture sans solidité, d’une composition confuse et décousue. Il y a de bons morceaux et des intentions heureuses dans les Petits turbulens de M. Bidau : la masse de groseilles rouges et blanches que picorent les guêpes et les petits poulets est faite avec autant d’art que de patience ; mais les corbeilles de fruits qui tombent, les pots de fleurs à demi renversés ne posent pas, et il faut qu’une nature morte pose ; la couleur d’ailleurs est sèche et vitreuse. Les Fleurs de M. Petit et de Mlle Louise Daru sont au moins de solides morceaux de peinture. Le grand tableau de Mme Muraton, Après la chasse, est confus et sans effet. Au contraire la Musette, du même auteur, est une toile élégante, fine, brillante et bien troussée, où l’on sent pour ainsi dire l’art et le goût de la toilette. Que tous ces habiles fabricans de natures mortes nous permettent cependant de le leur dire : la médiocrité n’est pas ; permise dans cette branche modeste de l’art, quand on y cherche autre chose qu’une occasion d’étude ou un amusement des yeux.


VI

Assurément rien n’est petit dans l’art, et les moindres détails de la nature fournissent à qui sait les comprendre un sujet inépuisable de réflexions et d’études ; mais c’est peut-être à cause même de cette variété de la nature, de l’infinie diversité des sujets qu’elle présente, qu’il importe de ramener le goût du public aux œuvres simples, vraiment expressives, vraiment réelles, vraiment humaines, à celles qui reproduisent la forme et qui saisissent ainsi les secrets de l’expression naturelle. C’est à cette raison que tient notre prédilection constante pour la peinture de portraits. Or la sculpture, à plus juste titre, doit partager cette préférence. La sculpture est à nos yeux l’art naturel par excellence, celui qu’il importe avant tout de conserver dans l’école française. Le mauvais goût peut corrompre une ou deux générations de peintres ; la mode changera un jour ou l’autre, et le grand art reprendra toujours sa place, s’il s’est maintenu parmi les sculpteurs. Après tout, la peinture n’est qu’un art dérivé ; ses procédés sont plus ou moins artificiels, et quand on perdrait la science des enjolivemens de la couleur, on saurait toujours la retrouver, tandis que l’art serait gravement compromis, si