Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 106.djvu/259

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parfaitement organisée, très bien équipée, munie d’artillerie et de cavalerie comme n’en a jamais eu une armée de l’empire… » Le ministre de la guerre de Tours décrivait la disposition de cette armée de la Loire postée en avant d’Orléans, ayant sa droite à Gien, sa gauche à Châteaudun, et il ajoutait : « En face de notre solide situation, le prince Frédéric-Charles a arrêté sa marche sur Lyon, évacué la Bourgogne et rebroussé chemin pour venir se retrancher entre Chartres, Étampes et Nemours… Dans cette position, il a l’air de nous attendre, et il a renoncé à tourner notre droite fortement gardée. C’est alors que le prince royal de Prusse et le prince Albert ont résolu un mouvement tournant sur notre gauche. On a dégarni l’armée de Paris et trois corps d’armée s’avancent vers l’ouest… » M. Gambetta le présentait alors Le Mans comme ayant été menacé et sauvé par lui. « J’ai la conviction d’avoir sauvé Le Mans, disait-il ; mais le mouvement des Prussiens est grave, comme je l’ai fait savoir le 23, et vous commande une diversion puissante et immédiate. »

C’était fort heureux que cette dépêche, expédiée de Tours le 26 novembre, n’arrivât à Paris que plus tard, après les combats qui allaient se livrer, car il n’y avait pas un mot qui ne fût une inexactitude ou une méprise et qui ne pût tromper la défense de Paris. Le prince Frédéric-Charles n’avait nullement fait mine de marcher sur Lyon ; il n’avait pas évacué la Bourgogne, où il n’était pas allé, — il se trouvait déjà malheureusement beaucoup plus près. Trois corps d’armée n’avaient pas quitté les lignes d’investissement, qu’ils n’ont du reste jamais quittées. Si deux divisions, la 17e et la 22e, plus quelques divisions de cavalerie, avaient été détachées, elles avaient été remplacées par le IIe corps prussien, arrivé depuis dans les lignes de blocus. Enfin il n’y avait eu pour menacer Le Mans qu’une forte reconnaissance poussée dans l’ouest, à la recherche de notre armée qu’on croyait s’être rapprochée de cette direction. Au moment où le ministre de Tours écrivait, le grand-duc de Mecklembourg, qui avait fait cette reconnaissance, était déjà bien près d’avoir rejoint le prince Frédéric-Charles devant Orléans, et la droite de notre armée, cette droite qu’on disait si solide, si « fortement gardée, » allait être culbutée et refoulée dans son premier mouvement deux jours après. Voilà le secours que M. Gambetta prêtait par ses informations au gouverneur de Paris !

Au milieu de l’obscurité où il vivait et que n’eût certes pas dissipée la dépêche de Tours, le général Trochu n’avait vu qu’une chose : l’armée de la Loire venait d’avoir une journée heureuse, elle avait repris possession d’Orléans, on lui annonçait que cette armée, la fortune aidant, atteindrait la forêt de Fontainebleau aux premiers jours de décembre, et sur cela, puisqu’on n’allait pas au