Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 106.djvu/966

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la poussière des siècles les titres de sa nationalité, et prit pour point de départ de ses revendications le contrat synallagmatique intervenu en 1526 entre l’antique royaume de saint Venceslas et Ferdinand d’Autriche, frère de Charles-Quint. Au moment où il avait été reconnu roi par les états de Bohême, Ferdinand avait juré de respecter les chartes et franchises nationales, et le maintien de l’autonomie de la Bohême fut le prix de la transaction. Il est vrai qu’à la suite de la bataille de la Montagne-Blanche (1620) la Bohême fut soumise au régime absolu ; mais, dans l’opinion des Tchèques, cette tyrannie n’avait pu anéantir leur droit national. Lorsqu’en 1804 l’empereur François Ier avait érigé ses états en empire d’Autriche, il avait solennellement promis à tous ses royaumes et états de conserver leurs titres, constitutions, privilèges et situations antérieures. La Bohême fait aujourd’hui valoir ces titres en réclamant la restauration de l’ancien royaume avec la Moravie et la Silésie comme annexes. Constituer un groupe bohème ayant son siège à Prague, comme le groupe transleithan a son siège à Pesth, établir un accord direct entre le souverain et la nation, faire procéder à un couronnement solennel de l’empereur François-Joseph en qualité de roi de Bohême, telles sont les prétentions hautement formulées par les Tchèques. Ils devaient toutefois rencontrer dans la province même de nombreuses résistances ; d’après les récentes statistiques, la Bohême compte 3,200,000 Slaves contre 2 millions d’Allemands ; mais c’est à ces derniers, qu’appartient la supériorité au point de vue de la richesse, de l’industrie et du commerce. Les deux populations rivales sont en lutte perpétuelle, et le parti centraliste profite habilement de leurs divisions.

Le ministère Hohenwart fit luire aux yeux des Tchèques l’espoir de solutions favorables à leurs vœux. Dans un rescrit adressé à la diète de Prague le 12 septembre 1871, François-Joseph reconnaissait les privilèges du royaume de Bohême, et annonçait l’intention de les consacrer par la cérémonie d’un couronnement ; il ajoutait toutefois qu’il devait tenir compte des obligations assumées vis-à-vis de ses autres peuples par la constitution de 1867. Il prenait acte des vœux exprimés dans les adresses de la diète de Prague, et promettait « de concilier les justes réclamations de la Bohême avec les nécessités qu’impose le maintien de la puissance de l’empire. » En résumé, François-Joseph n’entendait détruire ni les droits du Reichsrath de Vienne ni le compromis austro-hongrois ; il espérait simplement, en accordant une satisfaction à l’amour-propre national des Tchèques, les réconcilier avec le gouvernement impérial. Ce moyen terme ne devait contenter ni les centralistes allemands ni les fédéralistes tchèques. L’opposition bohème ne fit qu’accentuer ses prétentions. La diète de Prague formula sous le titre « d’articles fondamentaux » un programme qui demandait carrément la