Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 107.djvu/245

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s’illumina. La baba-yaga sortit dans la cour et siffla; un mortier, un pilon et un balai arrivèrent devant elle. Le cavalier rouge apparut, le soleil se leva. La baba-yaga s’assit dans le mortier et sortit de la cour dirigeant sa course avec le pilon, effaçant ses traces avec le balai.

Vasilissa resta seule. Elle examina la maison de la baba-yaga, s’étonna de l’abondance qui y régnait en toute chose, et se demanda avec inquiétude par quelle besogne elle devait commencer. Elle leva les yeux, tout était déjà fait; la poupée avait nettoyé le blé jusqu’au dernier grain. — Ah! tu m’as sauvée, s’écria Vasilissa, tu m’as arrachée au danger!

— Tout ce que tu as à faire maintenant, c’est de préparer le dîner, répondit la poupée en se glissant dans la poche de Vasilissa. Prépare-le pour l’amour de Dieu, et prends quelque repos.

Vers le soir, Vasilissa mit la table, et attendit là baba-yaga. Le jour baissa, le cavalier noir apparut un instant à la porte, tout devint sombre; seuls les yeux des crânes brillèrent. Les arbres commencèrent à craquer, les feuilles à bruire. La sorcière arriva. Vasilissa sortit à sa rencontre.

— Tout est fait? demanda la yaga.

— Regarde par toi-même, répondit Vasilissa.

La baba-yaga examina tout, et, furieuse de n’avoir rien à reprendre, elle dit : — Bien ! bien ! fort bien ! — Puis elle cria : — Mes serviteurs, amis zélés, voici du grain à moudre.

Trois paires de mains apparurent, ramassèrent le blé et l’emportèrent. La sorcière soupa, se mit au lit et donna de nouveaux ordres à Vasilissa. — Fais exactement ce que tu as fait hier, seulement prends dans le grenier la graine de pavot qui s’y trouve, et nettoie-la grain à grain de la terre qu’on y a mêlée par méchanceté.

La vieille se tourna vers le mur pour ronfler, et Vasilissa se mit à servir sa poupée. La poupée mangea, et répéta à Vasilissa ce qu’elle lui avait dit la veille. — Prie Dieu, et va dormir. La nuit porte conseil. Tout sera fait, chère Vasilissa.

Le lendemain matin, la baba-yaga sortit de nouveau dans son mortier; Vasilissa et sa poupée se mirent immédiatement à l’œuvre. La sorcière revint, regarda tout, et s’écria: — Mes fidèles serviteurs, amis zélés, pressez la graine de pavot pour en faire de l’huile.

Trois paires de mains apparurent, saisirent la graine deé pavot et l’emportèrent. La baba-yaga se mit à table. Elle mangeait; Vasilissa se tenait silencieuse auprès d’elle.

— Pourquoi ne parles-tu pas? lui demanda la sorcière; on te dirait muette.

— Je n’ose pas, répondit Vasilissa; mais, si tu le permets, j’ai quelque chose à te demander.

— Demande, mais toute question ne porte pas bonheur; qui sait trop vieillit vite.

— Je veux seulement t’interroger sur quelque chose que j’ai vu.