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quinze jours auparavant elle avait été autorisée par le général en chef lui-même à traiter de sa reddition. »

Le 1er juin 1827, la frégate la Sirène, portant le pavillon du commandant de la station française, jetait l’ancre sur la rade de Salamine, en compagnie de la corvette l’Écho. La frégate la Junon avait quitté ces parages depuis la veille ; l’amiral ne trouva sur les lieux qu’un brick de guerre autrichien, le Veneto. Le capitaine de ce brick se rendit sur le champ à bord de la Sirène, il avait une communication importante à faire à l’amiral. La garnison de l’Acropole désirait reprendre la négociation interrompue. Le lendemain 2 juin, en effet, l’amiral de Rigny reçut par les avant-postes turcs, et au moment même où il était au camp du séraskier, une lettre qui lui était adressée par les chefs grecs de la citadelle. Les assiégés exposaient dans ce message les conditions auxquelles ils se déclaraient prêts à rendre la place. Pendant trois jours les parties discutèrent, pendant trois jours l’amiral fit preuve d’une patience exemplaire et d’un zèle infatigable. Reschid enfin céda. Il souscrivit à peu près à toutes les exigences d’un ennemi ombrageux. Les Grecs réclamaient les honneurs de la guerre ; ils demandaient avec plus d’énergie encore l’éloignement des troupes turques. « Ces troupes, disaient-ils, devront évacuer leurs positions et se retirer au village de Menidhi. » Le pacha répondit : « La distance qui sépare la citadelle du cap Colias sera libre de toute troupe turque, à l’exception de la colline de Philopapus, qui restera occupée. » Trois officiers français et trois officiers du pacha, le kaftan Agassi, le tchokadar Aga, le voïvode Salih-Bey, et un certain nombre de chefs albanais furent désignés pour servir d’otages. Ils accompagneraient la colonne et resteraient sur la plage jusqu’à l’embarquement du dernier soldat.

Le 5 juin au matin, cette capitulation fut acceptée par les chefs de la garnison. Ce n’était rien d’avoir réglé les choses sur le papier. Le difficile était l’exécution d’une convention contre laquelle protestait avec énergie le ressentiment des Albanais. Les Guègues avaient juré de venger leurs compatriotes assassinés un mois auparavant au Pirée, et ces montagnards, on le sait, font rarement de pareils sermens en vain. Reschid les contint avec sa cavalerie. Trois officiers français et trois officiers turcs prirent la tête de la colonne. L’amiral se plaça lui-même à l’arrière-garde avec les trois chefs albanais que les Grecs avaient nominativement demandés pour otages. On se mit ainsi en marche et on put arriver, sinon sans émotion, du moins sans encombre, à la baie de Phalère. Là on trouva les embarcations des bâtimens de guerre français et celles d’un brick et d’une goélette de sa majesté apostolique. Ces embarcations reçurent 1,838 personnes, hommes, femmes, enfans, malades et blessés,