Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/459

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quences d’une situation qui est en partie son œuvre, où les surprises comme celle du 8 janvier deviennent les accidens les plus simples et les plus inévitables. Au fond, le ministère lui-même ne peut s’y méprendre. Il sent qu’il est assis sur une base trop étroite, qu’il reste livré à des partis ou à des fractions de partis dont il est en quelque sorte l’otage au pouvoir. Il comprend qu’après la prorogation le mieux eût été de se rapprocher des nuances modérées du centre gauche ; mais pour cela il fallait se décider à organiser cette république, à laquelle on venait de donner un président pour sept ans, il fallait accepter sans arrière-pensée et sans mauvaise humeur le régime qu’on avait. Or aller jusque-là, c’était s’exposer à rompre avec la droite, qui ne peut entendre le mot de république, même quand elle ne peut faire la monarchie, qui après avoir voté la présidence septennale ne se soucie guère de lui donner plus de force qu’il ne faut, et la considère toujours comme un en-cas, comme une combinaison provisoire. Chercher un appui au centre gauche, c’était perdre la droite sans être assuré d’une compensation suffisante. Rester avec la droite, c’était prolonger l’équivoque, provoquer les doutes sur le caractère, sur la durée de ce pouvoir qu’on vient d’instituer. C’est cette dernière politique qu’on a suivie, sans s’apercevoir qu’on mécontentait tout le monde, la droite parce qu’on était encore trop septennaliste, le centre gauche parce qu’on paraissait ne pas prendre au sérieux ce qu’on avait fait. C’était, à vrai dire, une situation inextricable qu’on se faisait pour avoir hésité dès le premier jour, dès le lendemain de la prorogation, à fixer les points essentiels de la politique nouvelle de la septennalité.

Au moment de la dernière crise, M. le duc de Broglie, sentant le danger de ces confusions, aurait résolu, dit-on, d’en sortir par les déclarations les plus nettes, les plus catégoriques, sur lesquelles l’assemblée aurait eu à se prononcer en votant le bill de confiance qu’on voulait lui demander. Si l’intention de M. le duc de Broglie était telle qu’on le disait, elle s’est traduite, il faut l’avouer, d’une manière assez incomplète, assez effacée dans la dernière discussion. Les déclarations de M. le vice-président du conseil se sont évidemment ressenties des négociations par lesquelles on cherchait depuis trois jours à rallier les diverses fractions de la droite dans l’intérêt du ministère. Sans doute M. le duc de Broglie a dit que le septennat avait la légalité pour lui, qu’il avait le droit de se défendre ; il a semblé aussi revendiquer pour la majorité et pour la majorité seule le droit de comprendre, d’interpréter le septennat, ce qui laisse en vérité une certaine latitude à toutes les espérances et n’éclaire pas beaucoup la question. Au demeurant, c’était froid et probablement mesuré au tempérament de ceux qu’on voulait retenir.

Voici qui ajoute un piquant détail à notre dernière assertion. Dès la