Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/460

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veille un journal légitimiste avait tracé le programme de ce qui devait se passer dans la séance de lundi en ajoutant : « Si la droite soutient demain le ministère, son vote signifiera qu’elle repousse l’interprétation donnée par certains meneurs du centre droit à la prorogation. Elle appuiera M. le duc de Broglie parce que celui-ci aura consenti… à ne pas faire de la septennalité un dogme nouveau… » Ce qu’il y a de singulier, c’est que le programme tracé d’avance par le journal légitimiste a été suivi point par point ; ce qu’il y a de plus étrange encore, c’est que M. le duc de Broglie n’a point dépassé dans ses explications les limites qu’on avait fixées. Oh ! non sûrement, il n’a pas fait de la septennalité un « dogme nouveau, » il n’en a même pas fait une chose au-dessus des interprétations d’une majorité monarchique, si cette majorité se rencontrait et si elle retrouvait l’occasion favorable qu’elle espère toujours. — Voulez-vous décidément que la présidence dure sept ans ? disait-on au courant de cette discussion. Voulez-vous que pendant ces sept ans la présidence soit un pouvoir fort et respecté ? — Tout le monde a répondu : Oui ! Lorsque l’orateur a demandé s’il était entendu que durant ces sept années le rétablissement de la monarchie ne pourrait pas être proposé, on a répondu de la droite : « Cela ne vous regarde pas ! » Voilà du moins qui est clair, de sorte que le ministère se réduit lui-même à vivre par le concours exclusif d’alliés qui commencent par ne pas prendre au sérieux le pouvoir qu’il représente. À ces alliés compromettans, il est obligé de livrer un jour un peu de politique intérieure, un autre jour un peu de politique extérieure. C’est la loi des majorités, dit-on ; il faut être conservateur et parlementaire !

L’intérêt conservateur et l’intérêt parlementaire, soit ! C’est justement ce double intérêt qui peut se trouver singulièrement compromis par des crises comme celle que nous venons de voir, par une politique qui a toujours l’air d’être en coquetterie avec des passions de parti dont on comprend soi-même le danger. Sans doute un gouvernement est tenu aujourd’hui de donner à la France de sérieuses garanties d’ordre intérieur, de fortes garanties de sécurité. La première, la plus efficace de ces garanties en définitive, c’est de respecter et de faire respecter ce qu’on a fait avec une certaine solennité, de ne pas laisser mettre en doute le régime qu’on a établi. On a beau parler de l’ordre social à défendre, de l’anarchie et de la démagogie à réprimer, de la stabilité à fonder, on a beau présenter une loi sur les maires, des lois sur la presse, comment veut-on que le pays se tranquillise, reprenne confiance, lorsqu’il voit les partis publier hautement leurs espérances, compter leurs chances, et calculer le jour où ils pourront triompher ? Comment veut-on qu’il se sente parfaitement rassuré lorsqu’il voit son gouvernement lui-même s’appuyer sur des alliés qui laissent peser sur lui on ne sait quelles réserves, on ne sait quel inconnu ? Que le gouvernement soit