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Catherine. Lui-même, le futur despote, paraissait se complaire aux manifestations de la foule : entré en ville à la tête de son régiment, il affectait de s’entretenir avec les bourgeois et les mougiks qui l’entouraient, et lui, si fanatique de décorum militaire, leur permettait de le séparer de ses soldats. Ceux qui l’observaient de plus près n’avaient pas d’illusions sur l’avenir qu’il se préparait. « La conduite du grand-duc, écrivait alors l’envoyé d’Angleterre, a, sous beaucoup d’égards, tant ressemblé à celle de son père qu’elle a donné aux personnes qui sont capables d’en juger des appréhensions désagréables sur l’usage qu’il pourra faire un jour de son autorité. »

Entre les mains d’une femme comme avait été Catherine grande-duchesse, Paul eût pu devenir extrêmement dangereux pour l’impératrice. Celle-ci, qui pouvait soupçonner dans sa bru une autre elle-même, s’étudiait à se la concilier. De leur côté, les ambassadeurs des puissances, qui avaient intérêt à semer la discorde dans la famille impériale, s’efforçaient d’attirer la princesse dans leur parti. Ceux d’Espagne et de France auraient même employé, au dire de Frédéric II, d’étranges moyens. Heureusement pour le repos de Catherine, la Hessoise mourut. Son mari avait-il ou non des motifs de la regretter ? En tout cas, cette mort lui causa une violente douleur. Henri de Prusse, le frère du grand Frédéric, était alors à Saint-Pétersbourg. Il se multiplia pour rendre service. On le vit partout à la fois ; il consola le grand-duc, rassura la tsarine, réconcilia la mère et le fils. Il avait fait le voyage de Russie, à ce que prétend Frédéric II, uniquement pour prévenir les suites que pourrait avoir le mécontentement de l’impératrice contre une princesse dont la conduite « n’était pas telle qu’on pouvait l’attendre d’une personne de sa naissance ; » mais il se trouva tout à point pour proposer une nouvelle grande-duchesse. La Prusse n’avait pas eu la main heureuse pour le précédent mariage ; on la chargea cependant de faire le second.

Henri de Prusse ne perdit pas une minute pour se mettre en quête. Dès le lendemain de la mort de sa belle-sœur, il écrivit à une princesse de Wurtemberg pour l’inviter à partir immédiatement pour Berlin avec ses filles, et pour la supplier de faire « tout ce que le roi lui prescrirait à ce sujet. » À Berlin, on devait rencontrer le grand-duc, et si les jeunes gens se plaisaient, ce dont le prince royal ne voulait pas douter un instant, elle aurait à conduire sa fille en Russie. La mère de cette princesse Dorothée, qui devait être un jour l’impératrice Maria Feodorovna, n’était même pas duchesse régnante de Wurtemberg ; son mari, Frédéric-Eugène, n’arriva au trône de Stuttgart qu’en 1796, après ses deux frères aînés Charles-Eugène et Louis-Eugène.

D’objections à ce mariage si brusquement projeté, le prince Henri