Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/797

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


d’Aigues-Mortes à Beaucaire sous le règne de Louis XVI : ces anneaux servaient à amarrer les barques qui circulaient sur l’étang pour transporter le sel qu’il produit. Cependant déjà en 1779 Pouget, dans le Journal de physique, niait que la mer eût jamais baigné les murailles d’Aigues-Mortes. L’auteur d’une excellente histoire d’Aigues-Mortes, à laquelle nous ferons de nombreux emprunts, M. di Pietro, donnait de nouvelles preuves à l’appui de cette opinion dans la première édition de son ouvrage parue en 1821. M. Delcros, le savant ingénieur géographe, l’appuyait de son témoignage [1]. Depuis elle a été soutenue par Mérimée [2], par M. de Villeneuve [3], enfin par M. Élie de Beaumont [4] avec toute l’autorité qui s’attache à son nom. Les archives de la ville d’Aigues-Mortes renferment des documens dont M. Ch. Lentheric a donné l’énumération dans un travail spécial [5] : ils remontent à 1284 et concernent les étangs situés entre la ville et la mer. Ces étangs sont dénommés dans ces actes comme ils le sont encore de nos jours, donc ils existaient à cette époque. La plage Boucanet, qui borde la mer, y porte le nom qu’elle a conservé jusqu’à nos jours. Ce qui est vrai, c’est que les différens bras du Rhône qui avaient amené les alluvions dont se compose le sol d’Aigues-Mortes se sont successivement éteints, d’où les dénominations de Rhône mort de la ville, Rhône mort de Saint-Roman, que portent encore aujourd’hui leurs lits desséchés et remplis seulement après les fortes pluies. Enfin, l’art venant au secours de la nature, le Rhône mort de la ville, qui inondait les salines de Peccais appartenant à l’état, fut détourné, comme nous l’avons dit, en 1532 par ordre de François Ier et jeté directement dans le Grau-Neuf, ensablé depuis. Un dernier témoignage qui atteste que jamais la mer n’a baigné les remparts d’Aigues-Mortes, c’est une ancienne digue appelée la Peyrade, distante de 2 kilomètres de la ville. La longueur de la partie encore apparente de cette digue est de 300 mètres ; elle longeait l’ancienne roubine qui se rendait à la mer, et elle aboutit à la rive gauche du grand et large chenal actuel par lequel le bassin ou port d’Aigues-Mortes communique avec la mer par le Grau du Roi, appelé ainsi en l’honneur de Louis XV, sous le règne duquel les travaux commencèrent. La Peyrade est composée de pierres provenant de la carrière de Roque partide, ouverte dans les collines néocomiennes au nord de Beaucaire, qui ont également fourni celles des remparts. Les unes et

  1. Bulletin de la Société de géographie du 20 janvier 1831.
  2. Notes d’un voyage dans le midi de la France, p. 351.
  3. Histoire de saint Louis, t. II, p. 528.
  4. Leçons de géologie pratique, t. Ier, p. 384.
  5. Le Littoral d’Aigues-Mortes au treizième et au quatorzième siècle, Nîmes 1870.