Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/137

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campemens du sud de Beaumont, s’étendant par son aile droite vers la Meuse et Letanne, gagnant par son aile gauche la Thibaudine sur la route de Stonne ; elle tendait à nous envelopper. Avant qu’on eût le temps de se reconnaître, le centre de l’ennemi tenait notre camp sous son feu, à 400 mètres de distance !

La surprise ne pouvait être plus complète et plus terrible. Cet orage inattendu tombant sur nos bivouacs en désarroi produisait tout d’abord un affreux désordre, une confusion indescriptible d’hommes, de chevaux effarés se précipitant de toutes parts sous les obus. Pas une pièce d’artillerie n’était en position, pas un bataillon n’était formé. Bientôt cependant ces soldats, un instant déconcertés, se jetaient sur leurs armes et se mettaient en devoir de soutenir le choc La panique éclaircissait les rangs ; en définitive la division Goze, avec les deux brigades Nicolas et Saurin, et les quelques autres troupes qui se trouvaient là, formaient un noyau de 7,000 ou 8,000 hommes qui, vigoureusement ralliés par leurs chefs, ne laissaient pas d’arrêter l’ennemi. Au premier moment s’ouvrait un combat décousu, meurtrier ; où en moins d’une heure tombaient à la tête de leurs soldats le colonel de Behagle du 11e de ligne, frappé à mort, le vaillant colonel Berthe du 86e de ligne, grièvement blessé et depuis général, le colonel du 68e de ligne et ses trois chefs de bataillon, le commandant de Lacvivier du 46e de ligne, et bien d’autres. Les Allemands souffraient aussi du feu de notre mousqueterie et du feu de l’artillerie, qui pendant ce temps avait pu aller prendre position au-delà de Beaumont. La lutte était cependant trop disproportionnée, elle avait été surtout engagée dans de trop mauvaises conditions pour pouvoir se prolonger. Ces troupes engagées au sud de Beaumont ne tardaient pas à se voir obligées d’abandonner leur camp, laissant leur matériel et des prisonniers à l’ennemi, se repliant le mieux possible vers les collines du nord de la ville, dans la direction de Mouzon. Ce n’était pas la fin du combat. Les Allemands marchaient sur nos traces, contournant Beaumont, abordant ces hauteurs, où le général de Failly avait maintenant toutes ses forces, singulièrement réduites et encore plus ébranlées. Si atteint qu’il fût, le 5e corps ne résistait pas moins. Pendant deux heures encore, il disputait la position de La Harnoterie, que tenait énergiquement le général de Fontanges, il ne cédait le terrain que pas à pas ; mais déjà il se voyait menacé d’être tourné de toutes parts, d’un côté par les Saxons, qui en longeant la Meuse manœuvraient pour lui couper le chemin de Mouzon, d’un autre côté par les Prussiens et les Bavarois, qui l’attaquaient et le débordaient sur la droite. Le général de Failly s’était hâté de faire connaître sa situation à Mouzon, où l’on entendait d’ailleurs depuis midi le bruit des engagemens de Beaumont. Lebrun avait envoyé successivement une