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brigade, puis deux autres brigades et de la cavalerie pour recevoir ou dégager le 5e corps, et, lorsque le général de Failly se rapprochait le soir de Mouzon, ce secours lui devenait certes des plus utiles. C’est une brigade du 12e corps qui avait à soutenir le dernier choc. C’est le 5e régiment de cuirassiers qui, par une charge hardie où périssait le colonel de Contenson, achevait de couvrir la retraite plus que précipitée du général de Failly, heureux d’arriver enfin à Mouzon après une affaire où il avait infligé à l’ennemi une perte de plus de 3,000 hommes en perdant lui-même 1,800 hommes, atteints par le feu, plus de 3,000 prisonniers et une partie de son artillerie.

Que devenait de son côté pendant ces cruelles heures le général Douay, engagé vers la Meuse sur une ligne assez rapprochée du 5e corps ? Il était lui-même fort en péril, harcelé par l’ennemi, qui l’aiguillonnait depuis le matin en le menaçant toujours de se jeter sur lui. Arrivé à la hauteur de Stonne vers midi, il avait entendu distinctement le canon de Beaumont, et, s’il n’eût écouté que son inspiration de soldat, il se serait dirigé aussitôt sur de Failly, mais il avait pour première instruction de gagner la Meuse à tout prix avant le soir. Il ne le pouvait qu’en s’efforçant d’échapper à l’ennemi, et il n’y réussissait pas même entièrement. Une de ses colonnes, la division Conseil-Dumesnil, égarée à la recherche de son chemin, était allée se heurter contre les Bavarois, qui manœuvraient pour se jeter entre le 5e et le 7e corps français. Une violente échauffourée s’ensuivait ; les deux généraux de brigade Morand et de Bretteville étaient mis hors de combat, et une partie de la division, prise de panique, se rejetait en désordre sur le gros du 7e corps. Douay devait donc se hâter, s’il voulait éviter de se laisser surprendre dans ces défilés qu’il avait encore à traverser. Il se hâtait sur Raucourt, vers Remilly, et cette marche était dure, elle s’accomplissait péniblement au milieu de toute sorte d’anxiétés. A chaque instant, il fallait s’arrêter, les obus ennemis ne cessaient de tomber sur l’arrière-garde.

Lorsqu’enfin vers le soir le 7e corps commence à déboucher sur Remilly, nouveau contre-temps : on tombe sur la cavalerie Bonnemains, arrêtée elle-même par les dernières colonnes du 1er corps, qui en sont à passer la Meuse, franchie depuis midi par Ducrot. Que faire ? Ces soldats de Douay exténués tombent sur la route et s’endorment ; leur chef seul veille dévoré d’inquiétude en songeant qu’il peut être attaqué d’un instant à l’autre, que pour sûr au jour il risque d’être précipité dans la Meuse, s’il ne s’est pas mis à l’abri d’ici là. A dix heures du soir, la cavalerie Bonnemains passe encore la rivière sur un pont flottant. Ces cuirassiers aux longs manteaux blancs et aux casques scintillant dans la nuit, ayant de la peine à contenir leurs chevaux effarés, ressemblent à une apparition fantastique sur les