Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/146

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était commencé, pour se porter en avant au sud en fermant les yeux sur le nord. Le général de Wimpfen, peu après avoir pris le commandement, rencontrait l’empereur, et à ce souverain, témoin passif et inerte de toutes ces contradictions, il disait : « Que votre majesté ne s’inquiète pas, nous allons jeter les Bavarois à la Meuse, puis nous nous tournerons avec toutes nos forces contre notre nouvel ennemi. » C’était une bien présomptueuse confiance. Wimpfen croyait qu’il n’y avait qu’à suspendre un mouvement, à ramener en avant les divisions de Lebrun, à poursuivre un avantage à Bazeilles.

Sans doute le combat n’avait pas cessé depuis le matin à Bazeilles et s’étendait au parc de Monvillé à l’entrée de la vallée de la Givonne ; il était encore dans toute sa violence. Les Bavarois se voyaient obligés d’appeler successivement toutes leurs forces du Ier corps, puis une division du IIe corps, ils rencontraient une résistance opiniâtre qui les exaspérait. Notre infanterie de marine soutenait la lutte intrépidement au prix de son sang, mais en infligeant aussi à l’ennemi les pertes les plus graves. Chaque issue avait été barricadée pendant la nuit, chaque position était disputée. On se battait au milieu des flammes et des décombres. Ce malheureux village de Bazeilles restait pendant quelques heures livré à toutes les fureurs de la guerre, au point qu’il allait bientôt n’être plus qu’un amas de ruines fumantes [1]. Le combat était si violent que ni nos soldats restés au feu, ni les Bavarois n’avaient pu s’apercevoir qu’il y eût un commencement de retraite. On se battait toujours avec obstination. Seulement il est bien clair que la résistance devait faiblir, elle cédait le terrain pas à pas, allant se réfugier dans quelques maisons. La défense devenait de plus en plus pénible, et des retours offensifs, même conduits avec intrépidité, ne pouvaient qu’être plus difficiles. C’était l’effet inévitable des oscillations de commandement. Le résultat était plus sensible encore vers le haut de la vallée de la Givonne, devant Daigny. Les divisions Pellé et Lheriller, rappelées près du bois de la Garenne, en arrière d’Illy, par le général Ducrot, avaient dû, d’après les intentions nouvelles de Wimpfen, redescendre vers la Givonne ; mais, lorsqu’elles revenaient, la division de Lartigue, engagée depuis le matin au-delà de la vallée, était déjà en retraite. Elle disputait encore un moment Daigny, puis elle se repliait. Le général de Lartigue était blessé, le général de

  1. Le lendemain et les jours suivans, par une représaille soldatesque, sous prétexte que les habitans s’étaient mêlés au combat, les Bavarois exercèrent d’impitoyables violences : près de 40 personnes, et parmi elles des femmes, des vieillards, des enfans périrent tuées pendant le combat, asphyxiées ou fusillées. Ce n’est pas tout. Le pétrole vint activer l’incendie commencé le 31 août et continué le 1er septembre : 263 maisons furent livrées aux flammes ; il y en a aujourd’hui 265 reconstruites, dont 34 par le comité du sou des chaumières.