Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/147

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brigade Fraboulet de Kerléadec blessé aussi ; le chef d’état-major, le colonel d’Andigné, restait sur le terrain criblé de blessures. Les Saxons étaient à Daigny et abordaient les pentes occupées par nous. Plus haut la garde prussienne menaçait le village même de Givonne. Après dix heures, le mouvement ennemi se dessinait sur toute cette ligne jusqu’à Bazeilles, où les Bavarois décimés, mais obstinés, gagnaient du terrain sur Lebrun.

On n’avait rien fait, on avait épuisé ses forces dans des retours décousus et impuissans, on n’avait nullement l’air de « jeter les Bavarois dans la Meuse, » et pendant ce temps, à l’autre extrémité, au nord, la lutte s’animait par degrés à partir de onze heures. Le XIe corps prussien, venant de Donchery, s’avançait en force devant Douay, précédant le Ve corps et gagnant les pentes de Saint-Menges, de Fleigneux. Le XIe et le Ve corps venant de Donchery, la garde venant de l’autre côté par le haut de la vallée de la Givonne, — encore un instant, le cercle allait se fermer sur nous à Illy ! Là était la clé de la position, là était maintenant le péril signalé par le formidable feu d’artillerie qui s’ouvrait sur nous. Wimpfen, courant sur ce champ de bataille de Lebrun à Douay, rencontre Ducrot, qui est attiré lui-même sur le plateau par le bruit de ce qui se passe, et qui lui dit : « Vous le voyez, les événemens se produisent plus tôt que je ne le pensais. L’ennemi attaque le calvaire d’Illy. Douay est ébranlé. Les instans sont précieux. Hâtez-vous d’envoyer des renforts, si vous voulez conserver cette position. — Eh bien ! répond Wimpfen, chargez-vous de cela, réunissez tout ce que vous trouverez de troupes et maintenez-vous bon par là pendant que moi je m’occuperai du 12e corps. »

C’était plus facile à dire qu’à faire. Ducrot néanmoins s’élance, donnant l’ordre au général Forgeot d’amener sur le plateau tout ce qu’il a d’artillerie, rappelant encore une fois les divisions Pellé et Lheriller, déjà diminuées, ralliant autant que possible quelques troupes du 5e corps qui se trouvent au bois de la Garenne. Ducrot voit grossir l’orage qui le menace, et alors, appelant la division Margueritte, d’autres fractions des divisions Bonnemains et de Fénelon, il prépare une charge de cavalerie qui, débouchant par une dépression de terrain entre le bois de la Garenne et Floing, devra balayer tout ce qu’elle trouvera devant elle pour se rabattre ensuite à droite sur le flanc des lignes ennemies en marche sur Illy. Margueritte, un des plus intrépides et des plus intelligens officiers de l’armée, s’avance pour reconnaître le terrain, il est blessé mortellement. Aussitôt un des chefs de brigade, le général de Gallifet, prend le commandement et se précipite à la tête de ses cavaliers. Il brise la première ligne ennemie et va échouer sur la seconde. Les escadrons se replient et vont se reformer en arrière pour s’élancer de