Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/170

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régions peuplées de tigres pour y étudier à loisir. Citons pourtant, parmi les bois les plus célèbres dans le pays, le teck, l’arbre à vernis, et celui qu’on appelle le bois d’aigle ; brûlé, il donne un parfum délicieux. On ne s’en sert que dans les palais et les temples, et l’empereur se l’est réservé pendant de longues années pour son usage et celui de ses dieux.

S’il est une contrée où le fauve dispute à l’homme le droit de séjour sur la terre qui ensemble les voit naître, c’est bien au Tonkin. Nous avons déjà dit combien les tigres, toujours insatiables de chair humaine, sont nombreux sur le littoral ; dans les montagnes aux forêts sombres, dans les plaines, partout où le jungle se couvre de sinistres roseaux, on trouve encore ces féroces carnassiers à l’affût de l’homme ou du cerf. L’éléphant sauvage, le buffle, le rhinocéros, le sanglier, des singes d’une variété infinie, sont aussi des ennemis contre lesquels l’indigène soutient une lutte sans trêve. En une seule nuit, toute une récolte de riz, de canne à sucre et de fruits peut disparaître à la suite de l’invasion inattendue de ces nocturnes ravageurs. Les plus malfaisans d’entre eux sont toujours les singes. Nous en avons vu dans un champ de cannes à sucre une bande nombreuse ; rassasiés outre mesure, leurs petits ventres rebondis, de leurs doigts infatigables ils cassaient la jeune tige des succulentes graminées sans même l’approcher de leurs bouches repues. C’est avec de grands cris, les vibrations du gong, des torches, qu’on met tous ces pillards en fuite ; mais, en attendant que les récoltes soient rentrées, que de nuits passées sans sommeil par les pauvres agriculteurs !

Soumis au joug, l’éléphant, le buffle, le bœuf sauvage, deviennent en très peu de temps les serviteurs de l’homme. Il paraît que c’est au Laos que naissent les éléphans les plus remarquables par leur intelligence. Faut-il en grande pompe promener un souverain assis sur un trône d’or, marcher contre les ennemis du maître, être vénéré à l’égal d’une divinité comme à Siam, écraser sous ses pieds puissans le corps d’un misérable, l’éléphant deviendra tour à tour porteur solennel, foudre de guerre, dieu ou bourreau cruel. Il y aura une époque critique une fois tous les deux ans, où le noble animal n’obéira qu’à regret à son fidèle cornac : c’est lorsque l’amour viendra loger dans sa grosse tête. Alors il se fait méchant, indocile, ingrat pour son éleveur ; mais, cette fièvre passée, l’éléphant redevient le plus doux et le plus inoffensif des pachydermes.

Le cheval est de petite taille comme celui de Singapour et de Batavia. La forme, ordinairement chétive, reprend toute sa grâce dès que l’animal est reposé et bien nourri. On ne s’en sert pas pour l’agriculture ou le transport des denrées ; il est monté par les mandarins ou les riches négocians du Tonkin. On trouve dans les montagnes de l’ouest un ours de petite taille, l’axis au pelage roux