Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/171

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clair, parsemé d’étoiles blanches, la gazelle et le renard. Dans les plaines, point de lièvres, point de moutons ; mais les basses-cours y sont mieux fournies de poules, d’oies, de cochons et de canards que la plupart de nos fermes d’Europe. Les abeilles déposent au hasard, soit dans les creux de rochers, soit dans les cavités d’un arbre mort, un miel blanc et parfumé ; on n’en connaît pas de commun, c’est-à-dire à couleur jaune. Les sauterelles, aussi malfaisantes qu’en Algérie, sont mangées frites et blanches de sel ; j’avoue y avoir goûté aux îles Soulou sans être écœuré.

Dans un pays traversé par tant de cours d’eau, baigné en grande partie par une mer aux ondes tièdes, les poissons abondent et fournissent aux habitans leur nourriture principale. On trouve des poissons dans l’eau des rivières en aussi grand nombre que dans les fleuves, et l’art de la pêche est aussi bien entendu au Tonkin qu’il peut l’être sur le littoral chinois. La sardine et la morue sont excessivement abondantes. Les indigènes prétendent qu’un poisson mangé deux fois préserve du mal de mer. Quelque étrange que cela paraisse, le fait est affirmé par le père de Rhodes dans ses Voyages et missions, voici en quels termes : « Je crois qu’on trouvera bon que je mette ici un beau secret que les chrétiens de la Cochinchine m’ont enseigné pour n’avoir pas cette incommodité d’estomac qui est fort commune à ceux qui vont sur la mer. Il faut prendre un de ces poissons qui ont été dévorés et que l’on trouve dans le ventre des autres poissons, le bien rôtir, y mettre un peu de poivre et le manger en entrant dans le navire ; cela donne tant de vigueur à l’estomac qu’il va sur mer sans être ébranlé. Je trouvai ce secret fort beau ; je m’en suis servi depuis, et je n’ai jamais ressenti aucune atteinte de ce mal, qui jusque-là m’avait été très fâcheux. » Il est probable qu’après avoir beaucoup navigué Mgr de Rhodes s’était habitué à la mer.

Dans les montagnes, on rencontre des tortues énormes allant rarement à l’eau et se nourrissant d’herbes communes ; d’autres, également colossales, se tiennent au bord des rivières, cachées dans les creux des berges, où elles vivent des corps en décomposition que le courant leur apporte. Parmi les oiseaux que nous avons en Europe, on retrouve au Tonkin le moineau, la caille, la bécassine et la tourterelle d’une variété admirable de plumage ; la plus belle est celle aux éclatantes couleurs rouges et vertes ; la cage lui est mortelle. Il en est de même des colibris, qu’on ne peut garder, faute de pouvoir leur donner les petites chenilles dont ils se nourrissent et auxquelles ils font habituellement la chasse sur les arbrisseaux. L’aigle est petit ; le vautour par contre est énorme, comme dans tous les pays où l’enfouissement des charognes n’est pas jugé nécessaire. Si un homme malade est abandonné couché et à découvert dans un