Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/172

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champ de riz ou sur une plage déserte, une volée de vautours ne tardera pas à s’abattre sur lui et à l’achever à coups de bec et d’ongles. Sur tout le littoral, au bord des fleuves, l’épervier est dressé fort habilement pour la pêche ; sur les falaises les plus escarpées, la petite hirondelle de mer ou salangane bâtit le nid dont la succulente néossine fait les délices des fines bouches chinoises.

Les habitans du Tonkin sont remarquables par la pureté de leur type mongol. Leurs figures sont plus larges et moins longues que celles des Européens ; les joues sont proéminentes, les nez courts, les yeux petits et enfoncés, les cheveux longs, mous, ne frisant jamais, la peau pâle, jaunâtre, mais en réalité moins brune que celle des Cochinchinois. Du reste, dans les deux pays, les hommes et les femmes que leurs travaux n’exposent pas au soleil ont une peau dont la blancheur égale presque celle des Occidentaux. Quoique d’origine chinoise, les Tonkinois ont le nez plus saillant que celui des Célestes ; on ne nous y désigne que par l’épithète « d’hommes à long nez. » Les femmes ne manqueraient pas d’une certaine beauté dans leur jeunesse, si, comme au Japon, elles n’avaient la funeste habitude de se noircir les dents, de se rougir les lèvres, et de mâcher le bétel. Il faut un certain courage, une longue habitude du pays pour s’habituer à supporter l’odeur nauséabonde de cette mastication d’un usage général chez les deux sexes. Les yeux des Tonkinoises sont plus obliquement fendus que ceux des hommes ; très noirs, ils ont une expression animée, vive ; le corps des femmes du Tonkin est plus blanc que celui des femmes de la Cochinchine : aussi les premières sont préférées par ceux des galans annamites qui ont la prétention d’aimer le beau. Nubiles à douze ans, elles sont d’une fécondité extraordinaire, très naturelle chez un peuple ichthyophage. Il naît plus de filles que de garçons ; c’est le contraire dans le Laos et dans le nord. Les mères sans exception nourrissent leurs enfans ; si l’une d’elles vient à mourir, c’est une des proches parentes de la défunte qui allaite l’orphelin.

Les maladies les plus communes, les plus à redouter, sont la dyssenterie et la fièvre ; mais elles sont moins fréquentes qu’à Saigon. La lèpre y compte trente-deux variétés. Il en est une horrible qui ronge les doigts des pieds et des mains, et attaque jusqu’aux nerfs, qui se retirent. La plus singulière des infirmités, mais celle-là inoffensive, est celle qui donne aux cheveux de quelques jeunes Tonkinois une blancheur anticipée et à leur corps la couleur d’un linceul blanc. Pour ne point déparer l’uniformité des couleurs qui doit régner dans une belle armée, les Annamites voués ainsi au blanc par la nature sont de droit exemptés du service militaire.

Dans un pays où l’on raconte que les grands singes ne parlent pas afin de ne point payer d’impôt, où l’on a tout intérêt à cacher