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religion ; elle est dans la forme du gouvernement ou dans les défiances nationales.

Le gouvernement tend à donner à tous les cultes de l’empire une organisation analogue à celle de l’église orthodoxe. La position des différentes religions dépend beaucoup de leur bonne volonté ou de leur aptitude à se conformer à cette politique. Il y a là en effet moins un goût d’uniformité administrative qu’un besoin, une exigence du principe qui régit la Russie. Avec les cultes dissidens comme avec l’orthodoxie, le but du pouvoir est double : c’est d’abord de leur donner un gouvernement intérieur, national, indépendant de l’étranger ; c’est ensuite d’en centraliser les affaires pour les tenir sous une surveillance plus directe. Par là, il tend à transporter chez les autres cultes les formes, administratives et bureaucratiques introduites dans l’église nationale. Cela est surtout sensible pour les confessions. chrétiennes, Chez les catholiques comme chez les arméniens, chez les luthériens comme chez les calvinistes, se retrouve, sous des désignations diverses et au-dessus de la hiérarchie propre à chaque église, une organisation extérieure plus ou moins semblable à celle du culte dominant. Chacune de ces confessions a son autorité centrale, chacune a près d’elle des représentans laïques, du pouvoir civil, procureurs ou secrétaires ; chacune a ses consistoires, pourvus pour ses fidèles de fonctions analogues à celles des consistoires orthodoxes pour les Russes du rite grec. Les différens clergés y avaient jusqu’à ces derniers temps conservé la tenue des registres de l’état civil et le pouvoir judiciaire pour les causes matrimoniales, en sorte que des églises peu populaires en Russie y possédaient encore des privilèges dont les avaient souvent dépouillées les pays où elles étaient le plus en faveur. A travers l’unité des vues, le pouvoir civil a dû chercher à s’adapter à la constitution de chaque église en même temps qu’il l’adaptait à la sienne. De là des différences de formes qui n’empêchent point la similitude du fond. Les arméniens ont en passant sous la domination russe conservé leur patriarche, qui porte le titre de catholicos. A côté de ce chef religieux, élu par les évêques de sa confession, est placé un synode dont il est le président et qui, comme lui, siège sur le territoire russe, au célèbre monastère d’Etschmiadzine, au pied du mont Ararat. Les luthériens ont des consistoires provinciaux, et à Pétersbourg un consistoire général assisté d’un procureur impérial. L’organisation des calvinistes, qui sont beaucoup moins nombreux et représentent plutôt la forme polonaise du protestantisme, est à peu près semblable. Les catholiques ont, comme les autres confessions, une autorité administrative centrale ; elle porte le nom de collège catholique romain et siège à Pétersbourg sous la présidence de l’archevêque de Mohilef, primat des