Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/403

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se bornant à la présidence du cabinet sans portefeuille ; mais le ministre auquel cette combinaison laissait le portefeuille de l’intérieur n’eut pas de peine à lui démontrer qu’une administration qui comprenait la garde nationale, le personnel des préfets, la police, le télégraphe et le droit de réquisition de toute force armée, était à elle seule le gouvernement presque tout entier, et que dès lors cette partie essentielle du ministère de l’intérieur devait être remise aux mains de la présidence dans l’intérêt même de l’unité et de l’action du pouvoir. Casimir Perier accepta courageusement cette solution en demandant au roi de confier à son jeune prédécesseur le ministère de l’instruction publique et des cultes, poste dans lequel l’auteur de cette étude resta à ses côtés pendant toute la durée de sa présidence.

Casimir Perier avait toujours regardé l’unité des vues dans le gouvernement comme la première et la plus indispensable des forces. Aussi, avant de se laisser enchaîner à l’honneur et à la peine, il tint avant tout à s’assurer de la conformité des volontés dont le parfait accord pouvait seul créer l’unité dans toute sa puissance : il s’en était expliqué dès le premier jour de son appel au Palais-Royal avec cette franchise et cette loyauté qui étaient comme un besoin de sa nature même : il n’avait pas hésité en effet à demander au roi quelques modifications aux relations de la royauté avec le président de son conseil, avec les ministres, avec le Moniteur, organe officiel du gouvernement. D’après les principes exposés au roi par Casimir Perier avec une insistance résolue, mais toujours empreinte, quoi qu’on ait dit, des formes de la plus respectueuse déférence, la présidence du conseil ne devait plus être un simple titre comme au temps de M. Laffitte. Le président du conseil ne devait être étranger à aucune des affaires destinées à être soumises à la haute décision et à la signature royale ; dès lors, avant d’arriver à une dernière délibération, à un conseil tenu au Palais-Royal, toutes les questions seraient préalablement portées à des réunions purement ministérielles, tenues à l’hôtel de la présidence, et dont le Moniteur ferait mention comme des conseils tenus au Palais-Royal : pour les affaires même qui ne seraient pas de nature à motiver la réunion du cabinet, les ministres en conféreraient avec le président du conseil ayant de les soumettre à la signature du roi. Enfin aucun article ne pourrait être inséré au Moniteur qu’avec le visa du président du conseil, sans excepter de cette règle ceux qui seraient adressés directement à la feuille officielle par le cabinet du roi. Ces procédés constitutionnels avaient été absolument négligés sous la présidence insouciante et presque inactive de M. Laffitte. Le roi et les collègues de M. Laffitte avaient été ainsi habitués à un régime commode qui