Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/417

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pouvait-il rester muet ? Et cependant je le demande à la conscience, je ne dirai pas de ceux qui partagent nos sentimens, mais à la conscience de nos adversaires, quel langage avons-nous tenu ? Est-il vrai que nous ayons traité de conspirateurs les fonctionnaires qui ont signé les associations ? Est-il vrai que nous ayons sévi contre aucun d’eux ? Non, messieurs, nous avons traité plus honorablement les hommes que le gouvernement, à quelque époque que ce fût des huit derniers mois, avait jugés dignes de sa confiance. En expliquant nos vues, notre système, nous ayons fait un appel à l’appui ou à la conscience de tous les agens de l’autorité ; c’est témoigner à tous une estime que semblent leur refuser ceux qui nous reprochent d’avoir déclaré une incompatibilité que nous aurions seulement le regret de reconnaître après eux, car nous acceptons, nous, leur appui, sur la foi de leur parole, et nous ne demandons qu’à eux-mêmes de décider de leur position [1]. »

Quelques orateurs répondirent encore au président du conseil ; mais la question était jugée par la grande majorité de la chambre, et, grâce à l’initiative résolue autant qu’à la fermeté de Casimir Perier, la question capitale de l’unité, à tous les degrés, dans le gouvernement avait fait un pas immense et décisif ; cependant le roi, sur l’avis de son conseil, dut se résigner à un très petit nombre de sévérités jugées indispensables pour compléter le succès parlementaire de son gouvernement et lui donner toute sa signification. Le Moniteur du 2 avril ouvrit et ferma le même jour le cercle très restreint de ces sévérités, dont la première et la plus remarquée de toutes fut insérée en ces termes dans le journal officiel : « M. Alexandre de Laborde a cessé ses fonctions d’aide-de-camp du roi, d’après les ordres de sa majesté. »

Le consentement donné par le roi à l’éloignement de son aide-de-camp lui fut très pénible ; mais l’exemple devait être d’autant plus efficace qu’il était donné de plus haut et qu’il portait sur un personnage aimé et estimé par ceux-là même qui le frappaient : ce furent les propres paroles de Casimir Perier quand il dut insister avec force pour obtenir la signature du roi. D’ailleurs M. de Laborde reprit quatre mois plus tard son titre et ses fonctions sur la proposition du président du conseil. En attendant, Casimir Perier avait trouvé dans le sacrifice qu’il avait obtenu de la haute raison du roi un témoignage de plus de l’accord qui existait au sommet du gouvernement le jour même où il pouvait se flatter de l’avoir fait pénétrer jusque dans les derniers rouages de l’administration.

  1. 30 mars 1831.