Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/441

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anglaise, non sans mélange de dignité. Kate elle-même lui rend pleine justice tout en refusant sa large main honnête, ce qui ne laisse au pauvre squire d’autre ressource que de l’offrir comme pis-aller à la cousine Amélia ; mais une Anglaise ne se marie que par inclination, par enthousiasme, et l’enthousiasme de miss Coventry est jusqu’à nouvel ordre pour le capitaine Lovell. Les hasards du fox-hunting, hasards auxquels Frank a aidé quelque peu, les rapprochent à l’improviste.

« Vendredi. « — Jour d’événemens. Je suis descendue en habit de chasse. Bas-Blancs m’attendait à la porte, et une fois en selle je n’aurais pas cédé ma place pour celle d’une reine. Bas-Blancs est tout à fait le cheval qu’il faut en ce pays boueux coupé de tout petits enclos ; sa circonspection est connue, rien ne l’effraie, rien ne le presse. Le rendez-vous n’était pas loin de Dangerfield. Quand je l’atteignis, je m’aperçus à la curiosité générale que les dames de ces parages n’avaient pas des habitudes équestres. — Quelle est cette jeunesse, John ? demanda aussitôt à mon cousin un campagnard replet en habit rouge, visage assorti.

« — Bien assise ! Un oiseau à cheval, j’en jurerais. Vôtre cousine ! Heureux gaillard ! ..

« — Qu’est-ce que c’est que cette jolie fille sur le grand bai-brun là-bas ? reprit un individu à l’air suffisant. Il faut que je me fasse présenter.

« — Je vous avais bien dit que nous ne tarderions pas à nous retrouver, murmura une voix bien connue à mon oreille. Et, me détournant, je donnai une tremblante poignée de main au capitaine Lovell.

« Comme il avait bonne mine au milieu de tous les squires et fermiers qui nous entouraient ! — J’avais déjà hier aperçu vos chevaux, dis-je enfin avec effort. Allez-vous chasser toute la saison avec cette meute-ci ?

« — Combien de temps resterez-vous à Dangerfield ? me demanda Frank à son tour.

« Des fâcheux viennent se mettre entre nous, et, bon gré mal gré, on appelle toute mon attention sur la meute : elle est excellente ; vingt-deux couples, qui la saison durant chassent deux fois la semaine, collés solidement à la piste et d’une persévérance à toute épreuve. Il faut les voir se glisser au plus épais du couvert, faisant grouiller le moindre brin d’herbe. Leur habitude de flairer intrépidement sous les pieds des chevaux doit être précieuse quand les chasseurs, comme c’est souvent le cas, se tiennent au lieu même où le renard a passé. — Le piqueur appartient à l’espèce dite vieux style. Son habit graisseux porte de glorieuses flétrissures, l’usage immodéré de l’eau-de-vie l’a mis dans un état voisin du delirium