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l’Allemagne. Attaché au parti conservateur de son pays, il ne voyait pas sans peine les emportemens quelque peu révolutionnaires de M. de Bismarck, tout en sachant bien que M. de Bismarck n’est révolutionnaire que lorsqu’il le veut, dans la mesure où il le veut et où il le croit utile à ses intérêts. M. d’Arnim pouvait donc passer, sinon pour un rival dangereux, du moins pour un mécontent d’une certaine importance politique par son rang, par ses relations à Berlin. D’un autre côté, il n’est point impossible, qu’il ne trouvât sa position à Paris difficile et ingrate. Il gardait sa place avec une distinction et une dignité qui lui étaient faciles, il avait été reçu avec les égards qui lui étaient dus, qu’on n’avait pas la pensée de lui refuser ; mais enfin il était venu en France à la suite de la guerre, dans un moment où une partie de notre territoire était occupée par les troupes allemandes, et il ne pouvait espérer trouver dans la société française, d’habitude si hospitalière, un accueil sans réserve. Peut-être même y avait-il eu quelques incidens mondains sur lesquels il avait eu le bon goût de ne pas insister. Toujours est-il qu’il ne désirait pas rester à Paris, surtout après s’être trouvé en dissidence avec le prince-chancelier sur ce qui se passait en France. On lui avait offert le poste de Constantinople ; il hésitait lorsque survenait tout à coup cet incident de la divulgation des papiers diplomatiques relatifs aux affaires religieuses.

Ce n’était pas de quoi arranger les rapports du chancelier et de l’ambassadeur. M. de Bismarck a-t-il trouvé l’occasion bonne pour pousser ce conflit à fond M. d’Arnim, de son côté, ne paraît pas avoir trouvé cette occasion mauvaise pour une rupture. L’attitude qu’il a prise indique évidemment une résolution arrêtée et même une certaine intention, de résistance au chancelier. S’il n’est plus dans la diplomatie officielle de la Prusse, il reste un personnage politique qui à un moment donné peut avoir de l’importance à Berlin. Quant au poste que l’ancien représentant de l’empereur Guillaume laisse vacant à Paris, il va être occupé par le prince de Hohenlohe, vice-président du parlement allemand, ancien président du conseil du roi de Bavière à l’époque où M. d’Arnim était ambassadeur de Prusse à Rome. Le prince de Hohenlohe a l’avantage de venir en France dans des circonstances un peu moins difficiles que celles où venait le comte d’Arnim. Il est Bavarois, catholique, libéral, et avant de quitter l’Allemagne il nous a envoyé un petit compliment de bienvenue en disant dans un banquet qu’il allait représenter l’empire et l’empereur auprès d’une nation à laquelle les Allemands doivent reconnaître le mérite d’avoir la première parmi les nations du continent proclamé les grandes idées sur lesquelles repose l’état moderne. M. le prince de Hohenlohe sera sûrement reçu en France dans la mesure des sentimens de sympathie dont il portera l’expression.

Il y a aujourd’hui pour l’Angleterre une question qu’une préoccupation passagère et superficielle des affaires du continent ne peut éclipser. Il ne s’agit ni d’une dispute de pouvoir entre whigs et tories, ni de la guerre