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l’imprudence de s’approcher de ces victimes qu’ils croyaient en leur pouvoir.

Pour l’élève des autruches comme pour toutes les autres branches de l’industrie, le progrès s’est fait avec le temps, et les propriétaires commencent à comprendre qu’il est de leur intérêt immédiat de soigner ces animaux utiles et de les apprivoiser, afin de rendre plus facile la récolte des plumes, qu’autrefois on n’obtenait qu’après des luttes acharnées contre les autruches absolument sauvages par leur genre de vie, et habituées à considérer l’homme comme un ennemi contre lequel il fallait se défendre. Ces luttes endommageaient les plumes et faisaient quelquefois blesser l’animal par la violence qu’on employait pour s’en emparer. Afin de calmer son naturel farouche, quelques hommes de bon sens ont essayé l’emploi de couveuses artificielles, et, sans se rebuter des nombreux tâtonnemens qui les attendaient, sont arrivés à voir couronner leurs efforts d’un succès qui a dépassé toutes leurs espérances.

La population de l’intérieur est composée de Cafres et de Hottentots, dont les femmes présentent une particularité frappante dans l’expansion monstrueuse des parties charnues. L’échantillon conservé au Musée anthropologique du Jardin des Plantes en donnera meilleure idée que toutes les descriptions. Ces Hottentots s’emploient assez volontiers sur les fermes comme charretiers ou bergers ; cette dernière profession paraît surtout leur plaire tant par l’oisiveté qu’elle procure que par la facilité de voler un mouton de temps à autre sans que le propriétaire s’en aperçoive.

Si les voyageurs couchent le plus souvent en plein air ou dans des fermes assez misérables, ils font aussi des étapes dans des villes charmantes, dont le séjour leur paraît encore plus enchanteur après les plaines dénudées qu’ils ont parcourues. Beaufort-West et Victoria-West sont deux édens dont les grands arbres, les allées touffues, les jardins toujours verts, les constructions gracieuses et inattendues, ne manquent pas de faire une délicieuse impression par le contraste avec ce qui les précède. Pour ma part, j’ai conservé le plus agréable souvenir de leurs hôtels bien tenus, où la table est bonne et abondante, — justice que je ne peux pas rendre, hélas ! à tous les endroits où je me suis arrêté pour me voir rançonner sans pitié ni conscience.

Mais poursuivons notre route monotone dont chaque jour ressemble à la veille ; nous voici arrivés à Boshof, la dernière station ; nous ne sommes plus qu’à une petite distance du premier placer diamantifère, et nous touchons au terme de notre long et pénible voyage. Déjà l’on aperçoit au loin les premières tentes de Bult-Fontein, et nous foulons enfin cette terre promise où tant de richesses sont accumulées, dont la vue seule fait battre nos cœurs d’espérance et d’émotion. Lorsqu’on arrive sur les hauteurs qui