Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/647

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aussitôt proclamés, sans que la majorité absolue fût toujours exigée. Le nombre des députés n’était pas soumis à des règles fixes. Tel bailliage envoyait deux députés, tel autre six ou huit. En réalité, cette diversité n’avait aucune importance, puisque le vote dans le sein des états n’avait jamais lieu par tête, mais se faisait par bailliage ou par gouvernement. Après la proclamation du vote, les élus remerciaient l’assemblée, et déclaraient s’ils étaient prêts à accepter l’élection. Les refus étaient très fréquens, et l’insistance des électeurs obligeait les députés à exposer publiquement leurs excuses : généralement les difficultés et les fatigues du voyage, une mauvaise santé, des affaires qu’on ne pouvait quitter, étaient les raisons alléguées. Les embarras du choix amenèrent quelquefois des débats singuliers à la suite desquels le député se résignait à subir la violence qui lui était faite. Si l’élu était absent de l’assemblée, une députation lui était envoyée pour qu’en cas de refus une nouvelle élection fût faite avant la levée de la séance. Les pouvoirs étaient dressés sur-le-champ et signés par le président et le greffier.

Dès que les députés étaient définitivement choisis, le clergé et le tiers-état en avisaient le bailli, qui comprenait dans son procès-verbal les opérations des trois ordres. Dans certaines provinces où s’étaient conservées les formes les plus solennelles, les délégués du tiers revenaient en corps dans la salle où ils s’étaient primitivement réunis, afin de signifier officiellement leurs choix au bailli. Cet officier transmettait alors au roi une copie de son procès-verbal, ce qui constituait la dernière opération provoquée par la convocation royale. C’était la marche régulière de la triple assemblée de bailliage. Parfois il arrivait que le trouble de l’opinion publique provoquait les plus violens discours. Au début des séances, le maire ou tout autre orateur du tiers-état prenait la parole pour exposer le sentiment qui animait le plus vivement l’assemblée.

Les élections de 1560 furent, à n’en pas douter, les plus fécondes en discours politiques. Les passions religieuses depuis longtemps soulevées, les souvenirs récens du tumulte d’Amboise et la répression sanglante qui l’avait suivi, contribuaient à soulever les âmes. A la domination violente exercée sous le nom du roi par les princes lorrains avait succédé tout d’un coup une pleine liberté, dont le contraste était si absolu qu’en certaines provinces les mécontens y crurent voir un piège, et appelèrent les élections une « souricière à prendre les fols. » Mais cette défiance fut loin d’être générale. A Blois, le discours du procureur du roi Bazin mit la ville en feu. Prononcé le matin en présence des délégués du bailliage, il dut être répété le soir même devant le peuple de la ville ; il avait peint sous les couleurs les plus sombres l’émotion publique, et il ne