Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/697

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Le groupe de M. Granet, Jeunesse et Chimère, annonce du talent malgré de graves imperfections et malgré une imagination prétentieuse qui est moins voisine de l’antiquité ou de la renaissance que des allégories de M. Gustave Moreau. Le jeune homme, plutôt couché qu’assis sur le monstre, le regarde d’un œil fasciné en jouant avec les ornemens de sa chevelure ; la Chimère retourne vers lui sa tête féminine et lui adresse un sourire de sirène en lui tendant sa patte de dragon. Le torse du jeune homme, presque parallèle au corps de sa fantastique monture, est d’un aspect disgracieux, sec et contourné ; mais la séduction qu’il subit est fort bien rendue. Le modelé de cet ouvrage a d’ailleurs des qualités agréables, étrangement mêlées à de grandes faiblesses.

La Ménade de M. Valette est une œuvre infiniment plus sérieuse et plus sage. Assise, les jambes croisées, sur une panthère, d’une main elle lui entoure le cou et lui renverse la tête, de l’autre elle lui tend une grappe de raisin que la bête caressante cherche à saisir. M. Valette n’a peut-être pas tiré tout le parti possible du contraste que lui fournissait ce sujet aimable et banal d’une femme nue jouant avec une bête féroce. Sa panthère ouvre la gueule avec un geste félin qui ne manque pas de grâce, mais elle est d’une facture un peu molle et trop fouillée ; on voit que M. Valette n’est pas un sculpteur d’animaux. La bacchante elle-même, souriante et familièrement assise sur sa sauvage monture, est peut-être conçue dans un sentiment trop calme et trop froid. C’est la déesse de l’ivresse aimable et du plaisir facile plutôt que la furie des orgies bachiques et la compagne des tigres amoureux. Du reste le Pépin le Bref dans l’arène, de M. Isidore Bonheur, qui est cependant un animalier de profession, à encore moins de mouvement et de vie, sans avoir autant de charme et de style, rien n’est plus déplaisant en sculpture que la représentation molle d’une action violente.

Nous pourrions signaler encore une Victoire colossale de M. Leroux, figure peut-être un peu banale, mais d’un beau mouvement et d’un aspect assez grandiose, — une France en deuil de M. Doublemard, d’un effet trop mélodramatique, — un Persée de M. Cordonnier, imitation très élégante et très heureuse des maîtres florentins, — un Amphion de M. Laoust, marbre d’un style noble et correct, d’un mouvement ferme et sculptural, — une assez belle tête de Mercure de M. de Groot, morceau détaché d’un groupe colossal dont il donné la meilleure idée, — une Bethsabée assise et fort largement conçue de M. Moreau Vauthier, — une Prêtresse d’Eleusis de M. Lebourg, femme nue qui souffle sur un encensoir doré, puis toute une multitude de discoboles, de satyres, de faunes dansans, de danseurs indiens, de Galatées, de Prométhées, d’Andromèdes, d’Érigones, enfin l’antiquité et la mythologie tout entières escortées des cinq